09.04.2020 à 05:56

Coronavirus

Des Vaudois testent les masques réutilisables

Une entreprise de stérilisation d'instruments médicaux propose de traiter les masques, afin de parer à la pénurie. Le projet est embryonnaire mais pourrait intéresser certaines branches fortement exposées.

de
Pauline Rumpf
Avec six machines opérationnelles, la start-up envisage de stériliser jusqu'à 300 masques par jour. Elle doit encore trouver des partenaires qui lui fassent confiance malgré des certifications incomplètes pour le moment.

Avec six machines opérationnelles, la start-up envisage de stériliser jusqu'à 300 masques par jour. Elle doit encore trouver des partenaires qui lui fassent confiance malgré des certifications incomplètes pour le moment.

Sterilux

Aujourd'hui, un masque de protection est porté quelques heures puis doit être jeté. De quoi limiter dramatiquement le stock disponible, alors que de nombreuses professions sont toujours au travail et craignent la propagation du virus.

Pour aider à faire face à cette pénurie, une entreprise romande a repensé ses machines pour retraiter les masques usagés de façon à leur donner une seconde vie. Actuellement proposées essentiellement aux vétérinaires pour la stérilisation d'instruments, et en cours de certification pour le domaine médical, elles permettent en quelques heures d'«inactiver» les micro-organismes présents, en agissant sur l'oxygène de l'air avec des lampes UV.

«Actuellement, personne dans le monde ne fait cela, car ces masques sont prévus pour un usage unique, explique Marc Spaltenstein, co-fondateur de Sterilux. Mais nous sommes dans une situation exceptionnelle. Or la stérilisation à l'ozone, une technologie connue de longue date, met la littérature scientifique d'accord, tant sur son efficacité que sur le fait qu'elle n'endommage pas les masques. Le risque qu'on doit prendre en compte, par contre, est l'usure due à la première utilisation.»

Sterilux propose donc de mettre gratuitement ses six machines à disposition, ou de collecter les masques usagés dans ses locaux pour les redistribuer une fois traités. Chaque appareil peut traiter environ 300 masques par jour, de type FFP2 ou de soin. «C'est peu par rapport à ce qu'utilise un hôpital par exemple, mais pour certains corps de métiers qui doivent continuer à travailler sans protection, c'est déjà beaucoup, ajoute Lucas Meyer, co-fondateur. Surtout qu'actuellement, en cas de manque de stock, la tendance est plutôt à porter plus longtemps son masque ou sa blouse même s'ils ont potentiellement été infectés.»

Des contacts ont donc été établis avec des institutions de soins ou des distributeurs de matériel médical, en Suisse et à l'étranger, ainsi qu'avec une chaîne de grands magasins, rapportent les entrepreneurs. «Le problème c'est qu'aujourd'hui personne n'a le temps et l'infrastructure pour faire des tests de certification, poursuit Marc Spaltenstein. Donc nos contacts les plus concrets ont lieu avec ceux qui font face à un degré d'urgence très élevé, en Italie, en Allemagne ou encore aux Etats-Unis.»

Institutions frileuses fautes de certifications

Le projet reste embryonnaire, car les certifications prennent du temps. C'est ce qui retient par exemple les centres de soins à domiciles vaudois (AVASAD), approchés par Sterilux. «Sans ces validations scientifiques strictes, il est difficile en pleine crise de tester cette solution en garantissant la sécurité des clients et des collaborateurs, précise Nathalie Simon, porte-parole. Pour l'avenir, nous restons intéressés. Le recyclage des masques après traitement à l'ozone semble intéressant dans l'optique ou il pourrait être efficace, écologique et inoffensive.» Elle précise que pour être utile aux CMS, il faudrait être à même de recycler au moins 6000 masques par jour, ce que la start-up n'est pas en mesure de proposer pour l'instant.

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