20.07.2020 à 07:45

VaudDes vipères au bureau pour sauver la biodiversité

Pour protéger les reptiles pendant les travaux sur l’autoroute ou les voies ferrées, un bureau d’études environnementales accueille des dizaines de spécimens dans ses murs. Reportage.

von
Pauline Rumpf

Découvrez la capture et l’hébergement du seul reptile venimeux de Suisse dans ce reportage vidéo.

Outre leurs nuisances sonores et leurs gaz d’échappement, les autoroutes abritent des trésors insoupçonnés de biodiversité. Peu parcourus par l’homme, les talus qui les entourent constituent en effet un surprenant havre de paix pour plusieurs espèces menacées. Au-dessus du tunnel du Flonzaley, non loin de Chexbres (VD), vivent par exemple des dizaines de vipères protégées. Mais leur territoire idéalement exposé au soleil est menacé par les travaux d’entretien de l’A9, et sera bientôt sillonné par les pas des ouvriers et les moteurs de leurs machines de chantier.

«Une des étapes de planification d’un tel chantier revient à inspecter ces zones et en extraire les espèces protégées pour les mettre à l’abri le temps des travaux, explique Olivier Floc’hic, porte-parole de l’Office fédéral des routes (OFROU). On a par exemple trouvé des orchidées ou des petits escargots menacés dans un petit carré d’herbe qui ne payait pas de mine. Ce genre de surprise prolonge le chantier, mais leur protection est indispensable.»

Un hôtel à serpents dans la salle de conférences

Mandatée pour prendre en charge les vipères du Flonzaley, comme celles de précédents chantiers CFF, l’entreprise Hintermann&Weber a dû transformer une pièce de son bureau en vivarium pour accueillir la soixantaine de spécimens capturés dans la zone. À la fin de l’été, elle en hébergera même le double, en comptant les bébés nés en captivité de femelles portantes. «Les conditions qu’on leur offre doivent donc être optimales pour que tout ce travail ne soit pas fait pour rien et que la population décline», explique Sylvain Dubey, biologiste chez Hintermann&Weber.

L’hôtel à serpents éphémère, maintenu à une température fraîche, est composé de caisses en plastiques opaques afin de protéger les animaux du stress. Chacune est prévue pour deux occupants, qui disposent d’un petit couvert ainsi que de quelques cailloux pour se chauffer sous une lampe de couveuse remplaçant le soleil. Un néon extérieur imite la lumière du jour, et le passage de nuages est même simulé par des variations de luminosité.

Population stable

Mais les bêtes à sang froid ainsi relocalisées sont sensibles au stress, et les premiers jours, certaines peinent à trouver l’appétit face aux souris qu’on leur sert déjà mortes, puisque lâcher ces animaux vivants promis à une mort certaine est jugé cruel et est interdit par la loi suisse. Un suivi est nécessaire, pendant la détention et après la libération des vipères, qui restent reconnaissables grâce à leur dessin unique sur la tête, comme une empreinte digitale. «Les interventions précédentes ont donné des résultats encourageants, puisque les animaux relâchés n’ont pas une mortalité supérieure à la normale, sont globalement en bonne santé et continuent de se reproduire», constate Sylvain Dubey. Une bonne nouvelle pour l’espèce, mais aussi pour l’écosystème, car les reptiles sont utiles pour réguler les populations de rongeurs et donc protéger les cultures.

Au printemps prochain, après une année de captivité, les vipères du Flonzaley retrouveront un talus soigneusement mis en désordre pour elles à l’aide de tas de bois et de ronces pour leur offrir de quoi se cacher, et de gravats pour hiberner. Et le bureau de Hintermann&Weber retrouvera sa salle de conférences.

Seul serpent venimeux de Suisse

Parfois suspicieux au début, les ouvriers accueillent favorablement la possibilité de travailler sans côtoyer d’animaux venimeux. Ils sont même coachés pour reconnaître les espèces protégées qu’ils rencontrent, et appeler les spécialistes qui viendront capturer les bêtes.

Une morsure de vipère peut arriver pour un promeneur ou un grimpeur. Elle n’est normalement pas mortelle pour un adulte, mais elle reste dangereuse, a fortiori pour un enfant ou un chien. Si l’on est mordu, au contraire de l’imaginaire populaire, il ne faut surtout pas s’infliger un garrot ou aspirer le venin de la plaie. La bonne pratique est de rester calme, de s’installer à l’ombre, et d’appeler le 144 avant de refroidir la zone touchée ainsi que retirer tous les garrots possibles (bagues, montre, chaussures). Idéalement, il faudrait tenter d’identifier l’animal, mais il ne faut surtout pas se mettre en danger en l’approchant.

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50 commentaires
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O. Phiophobe

21.07.2020 à 07:18

Beaucoup trop d’égards pour des bêtes horribles

Désapointée

21.07.2020 à 06:31

A quand la protection du riverain ??? Les serpents sont bien plus pris en considération pas l'OFROU que la population riveraine de cette autoroute totalement délabrée, méga-bruyante, puante, polluante et en travaux perpétuels. Ça en devient totalement risible ! De plus ça ne servira à rien de les protéger ces serpents étant donné qu'il n'y aura pas de parois antibruit. Ils finiront en bouillie sur l'autoroute ! Mais l'OFROU n'en n'aura plus rien à faire. Quelle hypocrisie !

Anti-ecolo

20.07.2020 à 11:30

Ne pas oublié que ce sont les écolos qui ont réintroduit la vipère (serpent venimeux en Suisse) normal qu’ils en occupent. Ces citadins ami de la nature et donneur de leçon hahahah