Actualisé 21.03.2017 à 13:22

Prévoyance vieillesse 2020Des voix à gauche appellent au référendum

Des organisations s'opposent à la hausse de l'âge de la retraite des femmes et la baisse du taux de conversion du 2e pilier.

Des organisations agitent la menace du référendum contre le projet de prévoyance vieillesse 2020.

Des organisations agitent la menace du référendum contre le projet de prévoyance vieillesse 2020.

AFP

Plusieurs voix à gauche, en Suisse romande surtout, appellent au lancement du référendum contre le projet de prévoyance vieillesse 2020. Elles veulent s'assurer que la campagne porte bien sur la hausse de l'âge de la retraite des femmes et la baisse du taux de conversion du 2e pilier. Elle ne doit pas se limiter aux questions techniques et financières que la votation sur la modification constitutionnelle du taux de TVA ne manquera pas de poser.

Ce qui est décisif dans la réforme, c'est avant tout la forte détérioration de la situation des femmes, a dit à l'ats Pablo Cruchon, porte-parole de SolidaritéS. Cela d'autant plus qu'aujourd'hui encore, l'égalité salariale n'est toujours pas respectée, ajoute le militant du parti d'extrême gauche.

«Nous voulons montrer que le peuple n'accepte pas ce démantèlement», renchérit-il. La question n'est pas de savoir si le référendum sera lancé, mais avec qui. Emmenée par des syndicalistes et des associations, la coalition «Assises sur les retraites» veut formellement se constituer et décider du lancement du référendum d'ici à vendredi.

Cette dernière peut déjà compter sur un soutien en provenance de syndicats au Tessin, ainsi que sur celui du Parti communiste genevois. Le Mouvement pour le socialisme (MPS) tessinois envisage aussi de s'associer aux syndicats de Suisse romande dès lors que ceux-ci lancent le référendum, selon Giuseppe Sergi, un de ses responsables. Le MPS n'envisagerait de le lancer lui-même que si aucun accord ne survient au niveau national.

Le peuple votera

Le Parlement a adopté de justesse la réforme de la prévoyance vieillesse la semaine dernière au terme d'un long processus. C'est à une voix près que la réforme a passé le cap du Conseil national jeudi. Les deux points centraux de la nouvelle loi sont la hausse à 65 ans de l'âge de la retraite des femmes et la baisse de 6,8 à 6% du taux de conversion de la partie obligatoire du 2e pilier.

La réforme doit être financée par une augmentation de 0,6 point du taux de TVA. Et parce que la modification de ce taux nécessite un changement dans la Constitution, le vote du peuple est requis. Afin que ce dernier puisse, via ce scrutin, s'exprimer sur l'ensemble du paquet, le Parlement a ainsi lié les deux objets.

Pour le politologue Marc Bühlmann, de l'Université de Berne, il est plutôt extraordinaire qu'on menace de saisir le référendum facultatif sur un objet déjà soumis au référendum obligatoire. Et l'expert de soupçonner derrière la stratégie des opposants à la réforme un symbole politique ou une réflexion tactique.

Visibilité

L'initiative populaire ou le référendum facultatif sont en général des instruments de démocratie directe volontiers utilisés dans un dessein de visibilité, précise M. Bühlmann. «On peut signaler à ses propres supporters que l'on s'engage à fond pour un projet bien précis. Cela permet aussi d'amener plus rapidement ses arguments dans la discussion», a-t-il ajouté.

Dans le cas concret de la prévoyance vieillesse, il faut aussi tenir compte du fait qu'en Suisse romande, l'Etat social est bien plus fortement accepté. «On y est prêt à payer plus, mais on y attend aussi davantage de l'Etat», déclare le politologue. Tactiquement, un référendum pourrait être un avantage, parce qu'il augmente les chances de scinder la réforme. Il est possible que les opposants comptent sur le fait que, dans l'éventualité d'un double vote, ce soit plutôt un non qui l'emporte, d'après Marc Bühlmann.

De son côté Pablo Cruchon est convaincu que le cap nécessaire des 50'000 signatures sera atteint dans le délai de 100 jours. Un délai qui ne commence à courir qu'à partir de la publication des textes dans la Feuille fédérale. Ce qui n'a pas encore été le cas.

Votes le même jour

La réforme de la prévoyance vieillesse sera soumise au peuple le 24 septembre. On peut partir de l'idée que cette date convienne aussi pour la votation sur un éventuel référendum, relève M. Bühlmann qui dirige la plate-forme, aujourd'hui en ligne, anneepolitique.swiss, qui réalisait par le passé un recueil annuel sur les événements politiques en Suisse.

Le politologue ne veut pas entrer dans le jeu des pronostics. Sachant qu'on trouve aussi parmi les opposants à la réforme des voix des partis bourgeois et de l'économie, un référendum est en aucun cas perdu d'avance. Dès lors le défi, pour le PS en particulier, est d'expliquer à sa base que la réforme de l'AVS est un «bon paquet, même s'il y a aussi du mauvais dedans». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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