Genève: «Des voleurs amateurs? Non, des pros déterminés»
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Genève«Des voleurs amateurs? Non, des pros déterminés»

Deux prévenus qui arrachaient des montres de luxe à leurs victimes, dans la rue, font face à leurs juges. La violence de leurs actes fait débat.

par
David Ramseyer
La valeur des montres dérobées oscillait entre 24'100 francs et 100'000 francs.

La valeur des montres dérobées oscillait entre 24'100 francs et 100'000 francs.

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«Ils reconnaissent tout, sauf ce qui est laid». La procureure Anne-Laure Hubert toise les Napolitains de 33 et 53 ans assis ce lundi dans le box des accusés du Tribunal correctionnel. D et L. avouent leurs méfaits, s'excusent, regrettent, mais ils contestent l'usage d'une arme à feu et leurs victimes «n'ont eu que des égratignures». Les prévenus sont accusés de brigandage en bande pour avoir agressé des particuliers aisés, entre mai et et septembre 2017, dans les cantons de Genève, Vaud et Zurich (cf. encadré). Butin: cinq montres de luxe, un bracelet et un collier, d'une valeur totale d'environ 450'000 francs.

Arme et blessures

Le Ministère public n'en démord pas, la violence était au rendez-vous: «Ils se sont mis à deux pour attaquer une femme de 72 ans, les plaignants portent des traces des tuméfactions, certains parlent d'un pistolet braqué sur eux, une maman attaquée avait ses enfants avec elle».

Mais les deux Italiens jurent n'avoir jamais été violents. «Je n'aurais jamais touché à une septuagénaire!», proteste le premier. «Les victimes ont eu des bleus, mais ce n'était pas dans nos intentions de porter des coups», lâche le second. La présidente du tribunal, Katalyn Billy, ironise: «Donc, vous avez agressé et volé ces gens avec douceur et délicatesse?» - «On comptait sur l'effet de surprise, pas sur la brusquerie», répondent D et L.

Versions confuses des victimes

Leurs avocats contre-attaquent: la supposée arme employée par leurs clients n'a jamais été retrouvée. «Les versions des victimes sont parfois confuses, voire contradictoires», relève aussi Me Machado. «C'est compréhensible, ajoute Me Gisin. Le stress et le choc provoqués par l'agression peuvent altérer leur perception.»

La défense entend aussi démontrer que leurs mandants, criblés de dettes, ne sont pas des gangsters de haut vol. Lorsqu'ils s'approchaient de leur cible «repérée par hasard, ils improvisaient».

Ce que conteste la procureure. Pour elles, D. et L. «ne sont pas des voleurs amateurs, mais des délinquants déterminés, chevronnés, à l'organisation professionnelle». Le Ministère public réclame pour chacun des deux hommes cinq ans de prison et sept ans d'expulsion du territoire suisse. Le verdict sera rendu ce mardi.

Ils chassaient les montres en scooter

La Suisse est la patrie de l'horlogerie et les gens y sont riches. L'équation est parfaite, se sont dit les deux Napolitains. "En roulant en scooter, on repérait des voitures de luxe, on les suivait et on regardait le poignet gauche des occupants", ont-ils expliqué. A une occasion, ils ont aussi pris en filature une piétonne. Si le plus jeune des prévenus a déclaré "s'y connaître un peu" en matière de montres, le duo a affirmé qu'il n'était jamais certain qu'il s'agissait d'une pièce de valeur. Pour eux, une personne aisée a simplement de bonnes chances d'en porter une... Les vols ont eu lieu dans la rue, dans des parkings et à une occasion, dans le hall d'un immeuble. Généralement, l'aîné des prévenus descendait du scooter, se précipitait vers la victime et lui arrachait sa tocante. L'autre attendait sur le deux-roues, puis ils décampaient.

Les deux prévenus sont aussi poursuivis pour plusieurs escroqueries: ils vendaient des téléphones portables ou des tablettes à la sauvette. Une fois le paiement effectué, ils remettaient discrètement à leur victime un sac. Lequel contenaient en réalité de la farine ou du savon.

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