17.03.2019 à 20:53

Nucléaire suisse

Désaccords autour du démontage des centrales

Des fonds ont été prévus pour la désaffection des centrales nucléaires, mais la révision de la gestion de cet argent se heurte à de vives résistances.

Pour Leibstadt en Argovie, les surcoûts se chiffreraient en millions.

Pour Leibstadt en Argovie, les surcoûts se chiffreraient en millions.

Keystone

La principale critique concerne la réduction prévue du rendement du capital des deux fonds prévus pour le financement de la désaffectation des centrales. Selon eux, cette baisse fait courir le risque aux exploitants de devoir augmenter leurs propres contributions.

Le groupe Axpo, exploitant de la centrale nucléaire de Beznau et copropriétaire de celles de Leibstadt et Gösgen, qualifie la révision de discutable d'un point de vue réglementaire et d'autogoal pour la politique énergétique. La réduction du rendement de capital est arbitraire. Elle bloque sans raison des fonds considérables et nuit aux futures mutations du secteur de l'approvisionnement énergétique en Suisse.

Soutien des cantons

L'exploitant de la centrale nucléaire de Mühleberg BKW avance les mêmes arguments. Avec cette révision, les exploitants de centrales nucléaires devraient verser des contributions supplémentaires de plusieurs millions, et ce sans aucun gain en matière de sécurité.

Pour Mühleberg, les montants supplémentaires à verser sont estimés à environ 100 millions de francs. Pour l'ensemble des exploitants, les coûts supplémentaires se chiffrent en milliards, selon Swissnuclear.

Les exploitants reçoivent le soutien des cantons où sont implantées les centrales nucléaires. Berne et Argovie sont clairement opposés à une augmentation des provisions en vue du démantèlement des centrales nucléaires. Le canton de Zurich, qui détient 37% d'Axpo, rejette aussi la proposition que le Conseil fédéral avait mise en consultation jusqu'à ce lundi.

Une «expropriation»

Le PLR rejette la révision dans sa forme actuelle. Les exploitants de centrales ne devraient occuper plus qu'un tiers des sièges dans les organes chargés de l'administration des fonds, contre deux tiers pour les membres indépendants, ce qui équivaut à une expropriation des propriétaires et qui réduit l'expertise des commissions, estime le parti de l'économie.

Le PLR critique aussi l'ajustement du rendement du capital et du taux de renchérissement. Ces modifications devraient être basées sur des facteurs économiques et des modèles mathématiques financiers et ne devraient pas être instrumentalisées, relève-t-il.

Même opposition à l'UDC. La réduction du rendement réel priverait les propriétaires de centrales nucléaires de milliards de francs et les priverait ainsi de la possibilité d'investir, affirme le parti. Comme les exploitants continuent d'assumer la responsabilité des coûts de démantèlement et d'élimination, la réduction prévue de leur représentation au sein des comités est intenable, ajoute-t-il.

Supplément pour la sécurité

A gauche, le Parti socialiste critique la suppression prévue du supplément de sécurité forfaitaire de 30% introduit en 2015 dans l'ordonnance. Selon lui, ce supplément constitue l'instrument le plus important pour la sécurité financière de la Confédération.

Le PS s'appuie sur une analyse réalisée par le cabinet Oxford Global Projects. Celle-ci recommande une marge de sécurité de plus de 200% pour faire face aux augmentations de coûts pour les dépôts en couches géologiques profondes.

Ce supplément de sécurité forfaitaire doit aussi être maintenu pour des raisons de gouvernance, poursuit le PS. Le parti s'oppose aussi à la fin de l'obligation de verser des contributions au terme de la période de désaffection. Au contraire, l'obligation de verser des contributions est nécessaire jusqu'à la fin de la construction des dépôts en couches géologiques profondes, estime-t-il.

Energies renouvelables

Les Verts rejettent eux aussi la suppression du supplément de sécurité forfaitaire, estimant qu'il faudrait plutôt augmenter cette contribution. L'exemple de l'Allemagne a montré que les travaux de démantèlement de centrales nucléaires coûtent beaucoup plus cher que prévu, plaident-ils.

Cette suppression constitue un net recul, abonde la Fondation suisse de l'énergie (SES). Selon qui la révision ne tient aucunement compte de l'augmentation des coûts et des risques financiers auxquels on peut encore s'attendre.

Les Vert'libéraux affirment quant à eux que la révision de l'ordonnance devrait permettre d'investir les ressources des fonds non seulement de manière conventionnelle sur la place financière, mais aussi dans la production d'énergie renouvelable. Le PDC ne s'est pas prononcé. (ats)

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!