Attentats à Paris: «Désormais on a même peur de sortir manifester»
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Attentats à Paris«Désormais on a même peur de sortir manifester»

Le Louvre, la Tour Eiffel, les grands magasins fermés, des habitants inquiets, des touristes désorientés: Paris était groggy samedi après les attentats sans précédent qui ont tué au moins 128 personnes aux terrasses de cafés, au restaurant ou au concert.

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23.06 Selon Le Soir, Salah Abdeslam a été retenu pendant 30 minutes par des gendarmes français, le 14 novembre. Ils n'avaient pas reçu d'informations concernant sa radicalisation.

23.06 Selon Le Soir, Salah Abdeslam a été retenu pendant 30 minutes par des gendarmes français, le 14 novembre. Ils n'avaient pas reçu d'informations concernant sa radicalisation.

BFM TV
16.06 Un lycéen de 17 ans raconte à BFM TV sa rencontre avec Salah Abdeslam, avec qui il a passé une partie de la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.

16.06 Un lycéen de 17 ans raconte à BFM TV sa rencontre avec Salah Abdeslam, avec qui il a passé une partie de la nuit qui a suivi les attentats du 13 novembre 2015.

Capture d'écran BFM TV

Cette nouvelle vague d'attentats, dix mois après ceux de janvier (17 morts), a touché au coeur Paris, capitale du pays qui se situe au premier rang des destinations touristiques du monde.

«Depuis 7h00 du matin qu'on a ouvert, on n'a eu personne», remarque Fatima, serveuse dans un café du centre de Paris. «D'habitude, le samedi matin, il y a toujours du monde, des gens qui vont travailler, des voisins du quartier. Mais là, note-t-elle en observant les passants, on a l'impression qu'ils sont tous un peu perdus, leurs regards sont vides».

Les quais du métro? Clairsemés. Dans les rues, moins de monde que d'ordinaire. Les grands boulevards? Peu fréquentés. Les grands magasins, le Printemps comme les Galeries Lafayette, ont fermé leurs portes.

L'architecte genevois au Louvre

Sur les Champs-Elysées, plusieurs enseignes ont gardé portes closes. Musées et salles de spectacles resteront fermés dans la région parisienne. Le jardin des Tuileries, le Forum des Halles, les grands cinémas? Aussi. La Tour Eiffel restera fermée jusqu'à nouvel ordre.

Devant le musée du Louvre, une quinzaine de personnes seulement patientaient samedi matin pour l'ouverture. Parmi elles, Lionel, un architecte de 45 ans venu seul de Genève pour le week-end. «Je n'ai pas envie de rentrer chez moi ou de me terrer à l'hôtel», explique-t-il. «J'espère qu'ils vont ouvrir. Il ne faut pas être défaitiste, sinon ils vont gagner». Le grand musée parisien ouvre ses portes... pour les refermer en fin de matinée.

Place de la Concorde, des touristes se prennent en photo... en parlant des attentats de la veille. Malgré tout, on promène son chien, on achète son journal, on fait son jogging. Des militaires en treillis patrouillent de manière visible dans les gares.

«Peur de regarder les gens dans les yeux»

«J'ai peur de regarder les gens dans les yeux aujourd'hui, de ce qu'ils peuvent penser, de ce qu'ils peuvent faire. Je suis Arabe moi, vous vous rendez compte?», souffle Fatima, dans son café.

Entre un client, Luc, 46 ans: «J'arrive pas à comprendre. On nous dit qu'on a déjoué des attentats, qu'on arrête des gens, et là on a des mecs qui tirent sur tout le monde dans une salle de concert en plein Paris. On n'est pas capable de protéger cette ville, c'est pas normal».

Devant le musée Grévin, Franck et Astrid, venus de Vichy fêter leurs 16 ans de mariage, se sont cassé les dents. Fermé pour la journée, «par solidarité avec les victimes», explique sa directrice générale Béatrice Cristofari. Mais les touristes, «plusieurs centaines de personnes» un samedi matin ordinaire, ne sont de toute façon pas venus.

«On va en faire une psychose»

«Aujourd'hui, on a hésité à sortir et puis finalement on s'est dit: on y va quand même», dit Franck. «Les gens aujourd'hui ont trop peur pour sortir et faire une manifestation», ajoute sa femme. Vendredi, les assaillants «ont visé un café, un restaurant, une salle de concert, le Stade de France... on va en faire une psychose, c'est obligé», poursuit-elle.

Près des grands magasins, deux couples d'amis belges venus en week-end se veulent fatalistes, alors qu'au moins deux Belges ont été tués dans les attaques de la veille. «On vit avec la peur mais on va pas s'arrêter de voyager, c'est ce que veulent les terroristes, que les gens restent chez eux», avance Jeanine, l'une des deux femmes.

Sauvés de justesse

Un autre Franck, 45 ans, est attablé près de la Comédie française. «Hier soir», raconte-t-il, «on devait être au Petit Cambodge», l'un des restaurants visés par les attentats, «mais mon pote qui travaille là-bas avait pris sa journée parce que la veille il fêtait son anniversaire. Ça l'a sauvé et ça nous a sauvés aussi».

Place de la République, des passants allument des bougies, déposent fleurs et poèmes en hommage aux morts et aux blessés. Les policiers laissent faire quelques secondes puis leur demandent de ne pas rester attroupés. Par sécurité, il est interdit de manifester. (ats)

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