Actualisé 24.03.2016 à 11:44

NeuchâtelDessins censurés? Leurs auteurs vous les offrent

Après le retrait de huit dessins d'une expo présentée dans une école pour la Semaine contre le racisme, leurs auteurs réagissent en les diffusant.

de
Mirko Martino

Le président de l'UDC neuchâteloise Yvan Perrin a jugé que certains dessins de presse, représentant des personnalités ou des partis politiques de droite, n'avaient pas leur place dans une exposition présentée au Collège de Longereuse à Fleurier, dans le cadre de la semaine contre le racisme. Il s'en est plaint auprès de la conseillère d'Etat socialiste Monika Maire-Hefti, cheffe du Département de l'éducation et de la famille (DEF), et huit illustrations ont été décrochées, a révélé arcinfo.ch mercredi.

Contacté par «20 minutes», le dessinateur neuchâtelois Vincent L'Epée ne mâche pas ses mots, même s'il n'est pas directement touché par cette mesure. «Je suis estomaqué, commente-t-il. C'est grave et inquiétant que des politiciens puissent décider de la publication d'un dessin de presse. Ça va à l'encontre de l'Etat de droit, contre la liberté d'expression, d'information et de satire. Cette expo n'a jamais posé de problème jusqu'ici. On prive ces jeunes d'une liberté d'accès à une forme d'expression et on leur nie leur droit à se former un esprit critique. Ça pue.»

«Un bel exercice d'arroseur arrosé»

Auteur de l'une des oeuvres retirées à Fleurier, Chappatte a réagi en la publiant sur sa page Facebook et en proposant de la diffuser. «C'est un bel exercice d'arroseur arrosé, s'amuse celui qui est connu pour son coup de crayon dans «Le Temps». On peut remercier Yvan Perrin de braquer les projecteurs sur ces dessins. Parler d'endoctrinement comme il le fait, c'est douter de l'esprit critique des élèves. Il confond le dessin de presse, qui favorise la libre pensée, et les affiches de propagande de son parti, utilisées à des fins de martèlement idéologique. Soit on prend une expo dans son ensemble, soit on ne la prend pas.»

Autre dessinateur incriminé, Pigr abonde dans le sens de ses confrères. «Comme il est difficile de parler de la prévention du sida sans parler de sexe, il est difficile de parler racisme ou xénophobie en Suisse sans parler de l'UDC, image-t-il. Il me semble que nos dessins sont moins choquants que l'idée de mettre les requérants d'asile dans des camps ou des affiches de moutons noirs en format géant dans des endroits publics.»

«Il ne faut jamais sous-estimer l'humour d'un politicien comme Yvan Perrin, ironise pour sa part Pitch, auteur de cinq des huit dessins retirés. Je trouve cela désolant.» Le Jurassien, qui sévit notamment dans l'hebdomadaire satirique romand «Vigousse», a tout de suite accepté la diffusion des illustrations qui ont été décrochées. Vincent Di Silvestro, dont les caricatures se retrouvent dans «Le Courrier», a lui aussi emboité le pas à ses confrères.

Une expo qui tourne depuis 2013

«La Suisse, terre d'accueil, eldorado ou paradis perdu?» est une exposition itinérante créée en 2013 par la Maison du dessin de presse, à Morges (VD). Charlotte Contesse, sa conservatrice, est offusquée par cette polémique. «Le dessin de presse n'est pas là pour endoctriner, mais pour faire réagir, susciter une émotion et pousser à la réflexion, relève-t-elle. Après, on peut être d'accord ou pas.»

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!