03.04.2020 à 06:07

Suisse romande

Deuil immortalisé en photo et en vidéo

Les funérailles se passent dans la stricte intimité à cause de la pandémie. Les pompes funèbres font de plus en plus recours à la technologie pour qu'aucun proche des défunts ne rate les adieux.

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Les cérémonies funéraires se font désormais en tout petit comité à cause de la pandémie. Différentes entreprises de pompes funèbres diffusent désormais les adieux en live à l'intention des membres de la famille qui ne peuvent y assister.

Les cérémonies funéraires se font désormais en tout petit comité à cause de la pandémie. Différentes entreprises de pompes funèbres diffusent désormais les adieux en live à l'intention des membres de la famille qui ne peuvent y assister.

Viriginie Rebetez

À situation particulière, méthode particulière. Depuis l'apparition du coronavirus, les cérémonies funéraires se déroulent dans la stricte intimité avec un maximum de 5 à 20 personnes selon les cantons. Pour s'adapter à ce contexte inédit qui a bouleversé les pratiques funéraires et déboussolé les familles dans le deuil, des entreprises de pompes funèbres ont lancé une offre jusqu'ici inconnue en terre helvétique: la diffusion des funérailles en direct. «Nous avons une app qui permet de suivre les obsèques en live. Cette prestation n'est pas facturée et vise à aider les familles dans leur processus de deuil», signale Pierre de Mestral, patron des Pompes funèbres Cassar. Sébastien, un Vaudois d'une trentaine d'années, a fait appel à cette méthode après le décès de son père la semaine passée. «C'était important que les membres de ma famille qui ne pouvaient pas être là puissent suivre la cérémonie en direct», a-t-il expliqué.

Sarah Joliat, des Pompes funèbres du Léman, s'adapte aussi à cette période spéciale qui voient frère et sœur ou mari et femme pleurer les uns à côté des autres sans pouvoir se toucher ni se consoler. «Je collabore désormais avec Virginie Rebetez, une pro de la photo et de la vidéo», indique-t-elle. « «Lors d'un moment aussi important que le deuil, c'est essentiel d'associer les absents à la cérémonie ainsi que de photographier le défunt s'il ne peut être vu par la famille», déclare la photographe lausannoise. Un autre spécialiste vaudois ayant requis l'anonymat s'est aussi équipé pour faire du live, mais il a constaté qu'avec la pandémie, certaines familles se désintéressent des corps. «Une veuve m'a dit: 'Je vous donne carte blanche. Moi j'ai peur et je ne veux plus rien savoir.' Mais nous ne sommes pas là pour juger. Chacun a sa manière de réagir», a-t-il estimé

«En direct, car le défunt avait de la famille en Italie»

Patron d'une entreprise de pompes funèbres, le Jurassien Lionel Humbert vient de faire son baptême du feu du direct. «Ici, les funérailles c'est maximum cinq personnes, le célébrant y compris. Récemment, on a fait du live car le défunt avait de la famille confinée en Italie. Je m'adapte à toutes les demandes. J'ai même acheté une caméra», a-t-il avancé.

Même si la Valaisanne Virginie Barras Schelker s'est équipée en conséquence, elle a remarqué que le temps est plutôt aux reports. «La plupart des familles attendent la fin de la pandémie pour organiser une cérémonie», révèle-t-elle. Il a beau être curé de la paroisse de Nendaz (VS), Félicien Roux est aussi dans le vent. «Sur demande, la cérémonie funéraire est diffusée en live sur la page YouTube de la paroisse. Mercredi, on a fait ça car un défunt à des petits-enfants qui sont à l'armée», a déclaré l'homme d'Église.

Quant à Paolo Mariani, diacre dans le Gros-de-Vaud et ancien porte-parole de l'Eglise réformée, il est à l'aise avec cette approche multimédia. Mais il doit patienter un peu, car il n'a pas encore reçu le matériel commandé.

Concilier normes de santé et humanité

Comme tous les autres cantons, Fribourg a mis en place des directives pour l'accompagnement des défunts. L'objectif principal est de garantir la sécurité sanitaire sans perdre de vue l'aspect humain. «Les établissements de soins doivent garantir le déroulement d'un adieu avant ou après le décès tout en respectant les règles d'hygiène de l'OFSP», préconisent les autorités. Et au cas où une visite ante ou post mortem n'est pas possible,«l'établissement essaie de permettre les contacts par des moyens techniques de communication».

En attendant les adieux plus chaleureux...

La pandémie a chamboulé les pratiques funéraires. C'est en arborant une surblouse et avec des masques que les croquemorts vont au contact des défunts. «La préparation des cérémonies se passe de plus en plus par mail ou par téléphone», affirme Alain-Fred Joseph, professionnel à Yverdon-les-Bains. Les familles endeuillées, elles, sont désarçonnées par l'ambiance des cérémonies. Sébastien, fils d'un notable vaudois, vient d'en faire l'amère expérience. «Mon papa est décédé à 64 ans des suites d'un cancer. C'était un enterrement surréaliste. Nous n'étions que quatre. En temps normal, il y aurait eu au moins 300 personnes.» Sur le front de la lutte contre le coronavirus en tant que commandant à la Protection civile, Sébastien ne remet pas en cause les mesures sanitaires. «Quand cette pandémie sera terminée, nous organiserons une cérémonie du souvenir. Pour moi, ce sera les vrais adieux à papa.»

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