Actualisé 06.07.2020 à 13:21

Cours d’assises de paris

Deux ex-agents secrets français jugés à huis clos

Les accusés sont soupçonnés de trahison au profit de la Chine. Ils risquent 15 ans de prison. L’un des espions avait été interpellé à l’aéroport de Zurich, en décembre 2017.

Pierre-Marie H. s'était fait arrêter à l'aéroport de Zurich avec du liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l'Océan indien.

Pierre-Marie H. s'était fait arrêter à l'aéroport de Zurich avec du liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l'Océan indien.

KEYSTONE

Un huis clos pour «empêcher la divulgation d'informations touchant à la défense nationale»: le procès très rare et ultra-sensible de deux ex-agents secrets français soupçonnés de trahison au profit de la Chine a démarré lundi portes fermées devant la cour d'assises de Paris. La demande de huis clos est venue de l'avocate générale. C'est une affaire de «pénétration par une puissance étrangère des renseignements français», a-t-elle justifié.

Les accusés comparaissent libres. Henri M., 73 ans, cheveux blancs et clairsemés, s'est approché à pas lents de la cour composée uniquement de magistrats professionnels. Le retraité, militaire de carrière, qui a passé une partie de sa vie en Chine, vit désormais en Alsace.

Pierre-Marie H., 69 ans, était, lui, fonctionnaire civil de défense. L'accusé aux cheveux blancs, vêtu d'une veste noire, a semblé avoir du mal à entendre le président. Il vit dans l'Eure (Nord-Ouest) avec son épouse Laurence H. qui est également sur le banc des accusés.

Informations très rares

Les deux hommes sont d'anciens agents de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le service d'espionnage français, et se sont côtoyés au contre-espionnage. Ils encourent 15 ans de prison.

Les informations sont rares dans cette affaire. Ces deux hommes auraient, selon plusieurs médias, espionné le renseignement extérieur français pour le compte de Pékin. Ils sont jugés pour «livraison d'information à une puissance étrangère», «atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation», «intelligence avec une puissance étrangère».

Laurence H. comparaît, elle, pour «recel de bien provenant d'intelligence avec une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation».

Les anciens agents ont été inculpés et placés en détention provisoire en décembre 2017, alors qu'ils étaient déjà à la retraite.

Vingt ans plus tôt, Henri M. avait été nommé représentant officiel de la DGSE à Pékin. Mais il a été rappelé en France dès début 1998, après avoir entamé une liaison avec l'interprète chinoise de l'ambassadeur. Il a pris sa retraite quelques années plus tard et est retourné en Chine en 2003, où il a épousé l'ex-interprète, avec laquelle il s'est installé sur l'île de Hainan, dans le Sud de la Chine.

Arrêté à l’aéroport de Zurich

Pierre-Marie H. s'est fait arrêter à l'aéroport de Zurich en décembre 2017, avec du liquide après avoir rencontré un contact chinois sur une île de l'Océan indien. Il n'a jamais été en poste à l'étranger. En plus du contre-espionnage, il est passé par la surveillance des organisations de masse, parmi lesquelles les syndicats.

Pourquoi ont-ils été interpellés si tard? Il y aurait eu, selon un bon connaisseur du dossier, une faille au sein de la DGSE et Henri M. n'aurait pas été surveillé pendant des années après son départ à la retraite. Quand les faits avaient été révélés, en mai 2018, les autorités françaises avaient parlé d'un cas d'une «extrême gravité».

Les paroles du président, lundi, rappellent le caractère hors-norme du dossier. «C'est une affaire qui concerne des faits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation», a-t-il déclaré, après avoir accepté la demande de huis clos.

Il paraît nécessaire (…) d'empêcher la divulgation d'informations touchant à la défense nationale»

Le président de la cour d’assises de Paris

«Il paraît nécessaire non seulement de protéger les personnes amenées à témoigner et d'empêcher la divulgation d'informations touchant à la défense nationale», a ajouté le magistrat.

A côté des parties, seuls des fonctionnaires des ministères de l'Intérieur et de la Défense, ainsi que des magistrats habilités pour les affaires militaires ont été autorisés à rester dans la salle.

C'est un procès «rare par les qualifications, rare par la qualité des accusés, rare par la période de prévention», comme l'a souligné l'avocate générale.

Très peu d'affaires de trahison ont été jugées devant les assises. En octobre 1997, un ancien ingénieur au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) français, avait été condamné à 9 ans d'emprisonnement pour trahison en faveur de l'ex-KGB soviétique. Il était accusé d'avoir vendu des documents secrets en 1989 et 1990.

Le verdict sera rendu vendredi.

(AFP)

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