Amérique latine: Deux jésuites tués dans une église au Mexique, les corps retrouvés
Publié

Amérique latineDeux jésuites tués dans une église au Mexique, les corps retrouvés

Le pape a déploré mercredi la mort de deux jésuites et d’un homme qui cherchait refuge auprès d’eux, tués par balles dans une église du nord du Mexique. Leurs corps ont été localisés.

Image d’illustration.

Image d’illustration.

AFP

François, lui-même issu de la Compagnie de Jésus, a exprimé sa «tristesse» et sa «consternation» après le meurtre lundi soir de «deux frères jésuites» et d’un laïc à l’intérieur d’une église du village de Cerocahui, dans les montagnes isolées de l’État du Chihuahua. «Tant de meurtres au Mexique. Je suis proche, dans l’affection et la prière, de la communauté catholique touchée par cette tragédie», a déclaré Jorge Bergoglio, réitérant que «la violence ne résout pas les problèmes mais augmente les souffrances inutiles».

La mort des deux jésuites, Javier Campos Morales, 79 ans, et Joaquin César Mora Salazar, 81 ans, ainsi que du laïc qui travaillait comme guide touristique, a provoqué l’émoi au Mexique.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a confirmé mercredi que le meurtrier présumé avait été identifié et qu’une chasse à l’homme avait été lancée. Il s’agit d’un homme de 30 ans, José Noriel Portillo, déjà recherché pour le meurtre d’un touriste américain en 2018, ont précisé les médias locaux.

Mercredi soir, la gouverneure de l’État de Chihuahua, Maru Campos, a annoncé que les corps avaient été retrouvés. «Nous sommes parvenus à localiser et récupérer (les corps) des prêtres jésuites», a-t-elle déclaré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Les corps des victimes ont été formellement identifiés et une récompense de 250’000 dollars promise pour toute information permettant l’arrestation du suspect.

La conférence épiscopale mexicaine a condamné la «tragédie» et réclamé «une enquête rapide», avec plus de sécurité pour les religieux. Les jésuites du Mexique ont aussi demandé des «mesures de protection», soulignant que ces crimes ne sont pas des faits «isolés», puisque «tous les jours des hommes et des femmes sont tués arbitrairement».

Dans un pick-up

«Nous pensons que (…) les deux jésuites sont intervenus», a raconté le provincial des jésuites au Mexique, Luis Gerardo Moro Madrid, s’appuyant sur le témoignage d’un troisième religieux présent sur les lieux. «L’agresseur a tiré sur l’homme qu’il poursuivait et les deux jésuites», a ajouté le responsable catholique dans un entretien à Radio Formula.

«Je suis désolé, nous allons emmener les corps», aurait dit l’agresseur, d’après le père Madrid. Les trois corps ont ensuite été hissés à l’arrière d’un pick-up par d’autres hommes armés, recouverts de plastique et emportés.

Le père Jorge Atilano Gonzalez, également un jésuite, a expliqué à la télévision Milenio que les deux religieux tués connaissaient l’agresseur qui était du coin et sont intervenus pour tenter de l’apaiser. «Il voulait se confesser» après avoir tiré, a raconté le père Atilano Gonzalez en citant le témoignage du troisième religieux présent. «Ce que nous pensons, c’est qu’il était dans un état alcoolisé ou drogué, en raison de sa réaction».

Le bureau au Mexique du Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a condamné les meurtres, précisant que les deux jésuites «effectuaient, depuis plus de 20 à 30 ans respectivement, un important travail social et pastoral» auprès des indigènes Raramuri (ou Tarahumara) dans cette zone reculée dont ils s’attachaient à «renforcer la culture».

Médiateurs

Les Raramuris s’étaient installés dans cette région difficile d’accès afin de fuir les conquistadors espagnols.

Lors de sa conférence de presse quotidienne, le président Lopez Obrador a reconnu que plusieurs municipalités de la sierra de Chihuahua étaient victimes de la présence du «crime organisé».

D’après des experts, les montagnes du Chihuahua sont une voie de passage de la drogue vers les États-Unis, une route que se disputent les cartels de la drogue. Les membres de divers ordres religieux tentent dans certains endroits du Mexique d’agir comme des médiateurs entre les habitants et les tueurs.

Une trentaine de prêtres ont été assassinés cette dernière décennie au Mexique, d’après l’ONG Centro Catolico Multimedial. Le Mexique est en proie à une vague de violence liée au trafic de drogues qui a fait plus de 340’000 morts depuis décembre 2006, selon des chiffres officiels.

(AFP)

Ton opinion