Genève – Deux mois de travail impayés: ouvriers scandalisés
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GenèveDeux mois de travail impayés: ouvriers scandalisés

Une dizaine d’ex-employés d’un sous-traitant œuvrant sur un chantier public à Vernier attendent toujours leurs salaires. La commune se dit impuissante.

par
Leïla Hussein
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Quatre ouvriers venus de France pour travailler ont vu leur espoir de stabilité s’envoler. 

Quatre ouvriers venus de France pour travailler ont vu leur espoir de stabilité s’envoler.

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Le bâtiment des équipements publics du quartier de l’Etang devait être rendu le 30 juin. La crise sanitaire a causé d’important retard. 

Le bâtiment des équipements publics du quartier de l’Etang devait être rendu le 30 juin. La crise sanitaire a causé d’important retard.

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La partie extérieure est encore en travaux. Ces derniers devraient s’achever d’ici un mois et demi. 

La partie extérieure est encore en travaux. Ces derniers devraient s’achever d’ici un mois et demi.

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Ils pensaient avoir trouvé un emploi stable à Genève, mais ils ont vite déchanté. Engagés au début de l’été par une des entreprises sous-traitantes sur le chantier des équipements publics du quartier de l’Etang à Vernier, plusieurs ouvriers attendent toujours le paiement de plus de deux mois de salaire. Pis: en septembre, ils ont été licenciés avec effet immédiat pour des raisons économiques.

«On a dû s'endetter pour tenir le coup. Ils ont abusé de notre confiance», confie Farid, 36 ans, venu de Marseille pour cet emploi. Comme lui, près de dix anciens employés d’Isotech Métal, un spécialiste en métallurgie basé à Payerne (VD), ont vécu ce calvaire.

Pas de responsable à blâmer

La situation a été dénoncée mardi par le syndicat interprofessionnel des travailleurs et travailleuses (SIT), qui pointe du doigt un système de sous-traitance non réglementé. «Le chantier est aux mains de la commune de Vernier. Celle-ci le confie à une entreprise générale, en l'occurrence Steiner, qui, elle, engage des sous-traitants pour réaliser les travaux», résume son secrétaire syndical Umberto Bandiera.

Sauf qu’à l’heure de payer les 50’000 francs d’arriérés, personne n’est au rendez-vous. D’un côté, la commune affirme ne pas pouvoir «directement intervenir car il s’agit d’un conflit entre deux entreprises». De l’autre, si Steiner dit profondément regretter cette situation, «elle n’est pas responsable du paiement des salariés des sous-traitants». Selon elle, Isotech Métal, qui ne lui a plus donné de nouvelles depuis la fin de septembre, a déserté le chantier sans terminer les travaux (lire encadré). Contactée mardi, la société vaudoise n’a pas répondu à nos sollicitations.

Vernier demande des explications

Bien que la Ville de Vernier assure ne pas pouvoir agir auprès de la société sous-traitante, elle ne va pas en rester là pour autant. «Nous allons exiger des explications de l’entreprise générale Steiner. C’est elle qui a choisi ce prestataire. Elle est aussi tenue de s’assurer qu’il est sérieux et de faire en sorte que les ouvriers sur le chantier soient rémunérés, relève le maire Mathias Buschbeck. Nous allons établir les faits afin de connaître la responsabilité de chacun. Mais l’important, c’est que ces travailleurs soient rapidement payés.»

«On ne peut pas bâtir la future ville sur la précarité, fustige le responsable du SIT. Pour lui, une clause de responsabilité solidaire devrait être signée entre les différentes parties pour éviter que ce soient les ouvriers qui trinquent. «Nous avons les moyens de trouver des solutions. Maintenant, il faut une volonté politique.» Pour le maire de Vernier, Mathias Buschbeck, «c’est une piste».

Un chantier bâclé

L’entreprise Steiner, chargée de la réalisation des équipements publics du quartier de l’Etang, a confié les travaux de serrureries à Isotech Métal après une collaboration satisfaisante par le passé. Pourtant, «à ce jour, aucune de leurs prestations n’est terminée. Une majeure partie des ouvrages sont à refaire et ont généré des retards», rapporte David Suchet, porte-parole de Steiner. Malgré cela, le sous-traitant a été payé.

Le chantier, qui devait être rendu fin juin, est toujours en cours. Il a été principalement retardé par la crise sanitaire. La partie extérieure est concernée. La majorité des installations, comme la crèche et les salles de cours, ont pu ouvrir et accueillir les habitants du quartier. Les travaux devraient être entièrement terminés d’ici un mois et demi, selon le maire.

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