Mondial 2010: Deux sélectionneurs, deux méthodes
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Mondial 2010Deux sélectionneurs, deux méthodes

Dimanche, en fin de soirée, un homme entrera dans l'histoire comme étant le premier à avoir conduit la sélection de son pays au titre mondial.

Bert van Marwijk et Vicente Del Bosque n'usent pas des mêmes méthodes. Alors que le sélectionneur des Pays-Bas a dû serrer la vis pour arriver en finale de la Coupe du monde 2010, celui de l'Espagne a lui donné du mou à sa troupe.

Les Néerlandais font partie, depuis plusieurs décennies maintenant, des meilleures footballeurs de la planète. Le jeu batave est régulièrement loué par les esthètes, ces éternels romantiques nostalgiques du «football total» de l'Ajax Amsterdam des années 70, avec comme presitigueuse figure de proue Johan Cruyff. Seulement, hormis la victoire lors de l'Euro 1988, les Bataves sont toujours restés confinés à un rôle bien précis, celui des perdants magnifiques.

Fin du football total

Le Mondial 2010 a amorcé un changement radical. Les Pays-Bas ne sont plus flamboyants, malgré un potentiel offensif intact. Ils font le job, passent à la raclette, s'arrachent pour obtenir un résultat, délaissant quelque peu la marque de fabrique qui était la leur auparavant dans le jeu. Plus de football total, mais une formation totalement compacte, qui d'abord bloque l'adversaire, puis essaie ensuite de forcer le passage.

Il semble loin le temps des Pays-Bas de Rinus Michel (finale 1974 et titre à l'Euro 1988) et Ernst Happel (finale 1978). Les Bataves ne font plus dans la poésie mais dans l'efficacité. A leur tête, Bert van Marwijk et ses yeux d'une dureté métallique ont instauré un nouveau régime. Le règne de la solidité et du collectif.

L'ancien entraîneur de Hambourg a solidifié sa défense, densifié son milieu de terrain et, surtout, discipliné ses divas de l'attaque et leur égo démesuré. Les clans perdurent, les inimitiés aussi. Mais tous les joueurs ont été mis au pas, sous la bannière du sacro-saint équilibre général de l'équipe. Les Robben, Van Persie ou Sneijder ne courent plus où bon leur semble, mais couvrent des zones, se replacent, se replient même. «Bert nous a surtout appris à accepter les faiblesses de nos coéquipiers», révélait jeudi Dirk Kuyt, lui- même pris pour cible par van Persie juste avant le Mondial.

Gestion humaine

D'une grande liberté à la striction, van Marwijk a sorti sa main de fer pour reprendre les rênes. A l'inverse, Vicente Del Bosque a quelque peu lâché la bride à ses joueurs, qui sortaient de quatre ans passés sous le «joug» d'un Luis Aragones omniprésent, toujours sur le dos de ses ouailles lors de chaque exercice de chaque entraînement.

Del Bosque n'est pas affectueusement surnommé «Mr Potato» pour rien. La bonhomie du Castillan se prolonge dans son activité professionnelle. Comme au Real Madrid, «el Bigoton» (la grosse moustache) préfère se concentrer sur la gestion humaine de son groupe, s'assurer que l'équipe est soudée, que règne la bonne ambiance. Il est convaincu que, sur le terrain, tout le monde sait ce qu'il a à faire et possède les moyens pour le réaliser à la perfection.

La méthode Del Bosque n'a du reste aucunement mis en péril la stabilité de la Roja, qui, jusque-là, paraît être encore plus solide que lors de l'Euro 2008, mais par contre un peu moins vive. Une question de choix des hommes placés sur le terrain, le sélectionneur continuant d'aligner les très physiques Busquets et Xabi Alonso devant sa défense.

Le Castillan brille ainsi surtout par son sens de la communication, toujours attentif à ne blesser personne ni soulever aucune polémique. Et ce malgré les attaques de son prédécesseur après la défaite de l'Espagne contre la Suisse. Del Bosque, comme un père, protège tous ses joueurs. Et ne laisse jamais transparaître un quelconque nervosité. Lui à qui la péninsule ibérique n'aurait certainement pas pardonné tout autre résultat qu'une demi-finale dans cette Coupe du monde.

(si)

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