Genève: Deux stylistes de la Swatch vendent leurs archives
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GenèveDeux stylistes de la Swatch vendent leurs archives

Le couple de designers neuchâtelois mettra en vente près de 1000 montres, quelque 380 prototypes, des composants, des dessins techniques, et de nombreux modèles jamais réalisés.

Les deux stylistes originels de la Swatch, Marlyse Schmid et Bernard Muller, vendent mardi prochain chez Sotheby's quelque 4000 objets retraçant la genèse de la marque horlogère. Ces enchères arrivent alors que les montres d'époque connaissent un regain d'intérêt.

«Nous sommes la mémoire vivante de ce produit. Nous avons eu l'opportunité de référencer le mieux possible toute cette collection et de passer le témoin», s'enthousiasme Bernard Muller, contacté par l'ats.

Pas moins de 1000 montres, quelque 380 prototypes, des composants, des dessins techniques, et de nombreux modèles jamais réalisés composent le «super-lot» mis aux enchères, a recensé Sotheby's dans un communiqué diffusé un mois avant la date des enchères.

Ce patrimoine aurait pourtant pu ne jamais quitter le grenier de Marlyse Schmid et Bernard Muller. Le couple de designers neuchâtelois a en effet pensé à plusieurs reprises à détruire ces volumineuses archives, qu'il avait pu entreposer dans sa ferme.

Esprit d'innovation

Ce qu'il n'a pas fait, pour le plus grand bonheur des amateurs d'horlogerie. Car il est «extrêmement rare d«avoir toute une collection qui retrace la genèse d«une marque», commente pour l'ats Pedro Reiser, dirigeant du département de haute horlogerie chez Sotheby's à Genève.

«La collection présente un aperçu fascinant et inédit des toutes premières années de la marque: une période caractérisée par un intarissable esprit d«innovation et un renouveau inespéré de l«horlogerie suisse», poursuit Pedro Reiser.

Associés au projet 1981 à 1986, Marlyse Schmid et Bernard Muller ont pleinement pris part à cette envolée créative, d'abord tenue secrète. Ce dernier évoque ainsi avec émotion la «passion» qui a lié une équipe digne d'un «groupe de rock», formée notamment par les ingénieurs Jacques Müller (le frère de Bernard) et Elmar Mock.

Attractivité propre

Si le succès de leurs compositions n'a jamais été démenti, Bernard Muller remarque aujourd'hui un regain d'intérêt nouveau pour les montres Swatch. Pedro Reiser confirme: «En général, nous constatons une forte demande dans notre domaine des montres vintage. En même temps, le marché s«est beaucoup développé.»

A côté des valeurs sûres - de luxe - telles Rolex, Patek Philippe ou Cartier, plusieurs firmes indépendantes ont aussi réussi à se faire un nom et à créer un marché, analyse-t-il. La marque chère à Nicolas Hayek mise cependant sur une attractivité propre, suscitant des réactions «très fortes en émotions.»

Pour le spécialiste horloger de Sotheby's, «une partie importante de cette puissance est clairement due au design de la Swatch.» La griffe d'artistes de renommée internationale, parmi lesquels le peintre et réalisateur français Kiki Picasso ou l'Américain Keith Haring, couplée aux innovations techniques, n'y est pas innocente.

Pas la quantité

Les quelque 4000 objets mis aux enchères seront vendus en un seul lot, afin de conserver l'aspect historique de la collection.

«Je ne voulais pas que des pièces manquant à des collectionneurs partent et que d«autres jugées mineures restent, alors qu«elles ont pour moi aussi de l«importance. L'acquéreur de cette collection prend l«ADN du design de Swatch», explique Bernard Muller.

En avril, Sotheby's avait proposé à Hong Kong la collection Dunkel, la plus importante série de Swatch jamais vendue aux enchères. «M. Dunkel avait la collection la plus importante, mais très peu d«historique de la genèse. Nous vendons plus le côté historique qu«une quantité de pièces», compare Bernard Muller.

Avant les enchères prévues mardi prochain à Genève, la collection Schmid et Muller est partie en tournée entre Hong Kong, New York et Londres. Sa valeur totale est estimée à plus d'un million de francs. Elle a attiré tant les collectionneurs que le grand public.

S'il n'a plus de pouvoir de décision quant à l'avenir de la collection gérée par Sotheby's jusqu'à la vente, Bernard Muller émet néanmoins un voeu: «Ce serait sensationnel que cette collection reste un bloc et vienne enrichir une autre collection existante.» Réponse le 10 novembre. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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