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Deux Turcs expulsés pour éviter un «meurtre d'honneur»

La justice st-galloise a pris très au sérieux des menaces de mort contre une musulmane de 21 ans qui ne voulait pas accepter le mari qui lui était imposé. Elle a fait expulser manu militari ledit époux et le père de la jeune femme vers la Turquie.

Le premier, un Turc de 25 ans, a également été frappé d'une interdiction de pénétrer en Suisse de cinq ans, a indiqué lundi le Ministère public de St-Gall. Le père, 46 ans, ne pourra plus revenir dans ce pays pendant dix ans. Il vivait légalement dans le canton de St-Gall avec sa famille.

Il y a un an environ, il a contraint sa fille à épouser l'homme qu'il lui destinait lors d'un séjour en Turquie et d'organiser sa venue en Suisse. Début avril de cette année, ce ressortissant turc a pu rejoindre la jeune femme et a obtenu un permis de séjour en vertu du regroupement familial.

Mais l'épouse a refusé la vie conjugale avec cet homme qui lui était imposé, selon la justice st-galloise. Elle a alors été menacée de mort par son mari et a subi différentes contraintes de la part de ses proches. Il y a deux semaines, la jeune femme a porté plainte contre son époux et ses parents.

Risque d'un «crime d'honneur»

Le Ministère public a pris très au sérieux les menaces de mort et les répressions à l'encontre de la plaignante, explique-t-il. D'une part, l'époux a été condamné en Turquie pour un «grave acte de violence».

D'autre part, la justice st-galloise craignait un «crime d'honneur», car «dans certains milieux islamistes fondamentalistes, celui-ci est considéré comme la seule possibilité de laver l'affront que constitue le refus d'un mariage».

Le père et le mari de la plaignante ont d'abord été placés en détention préventive le temps de l'enquête, puis expulsés dans le cadre d'une procédure accélérée qui enlève d'office l'effet suspensif à des recours éventuels. Une procédure que prévoit la législation st-galloise dans ce genre de cas pour assurer la protection des personnes menacées.

«Tolérance zéro»

Le père de la jeune musulmane a été considéré comme le «moteur» de toute l'affaire. Il a ainsi été frappé d'une interdiction de séjour deux fois plus longue que le mari, a précisé à l'ATS Bruno Zanga, responsable de l'office st-gallois des étrangers.

Celui-ci envisage des «mesures contre d'autres membres de la famille». Selon M. Zanga, la mère et deux soeurs de la jeune femme se trouvent encore dans le canton de St-Gall.

Avec cette intervention musclée, le Ministère public et l'office des étrangers de St-Gall voulaient non seulement protéger la plaignante, mais aussi montrer qu'ils ne «toléraient aucune violation des droits fondamentaux suisses». Face à ce genre d'actes, ils prônent la «tolérance zéro».

Premier cas à St-Gall

Ce n'est pas la première fois que des personnes sont expulsées du canton pour avoir menacé des tiers, selon M. Zanga. Mais il ne s'agissait jusqu'ici pas de cas touchant des mariages forcés.

L'Office fédéral des migrations n'a pas connaissance non plus de cas semblables en Suisse. Mais il n'a pas la compétence de commenter une décision judiciaire cantonale, selon un porte-parole.

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