Procès - «Aujourd’hui, je n’arrive plus à me regarder dans un miroir»
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ProcèsDevant la Cour d’assises, l’acteur Saïd Bogota raconte sa vie marquée par le handicap

Accusé de tentative d’assassinat, l’acteur vu dans «Taxi 5» et «Pattaya» a décrit les épreuves auxquelles il a été confronté du fait de son nanisme.

«Les surnoms qu’on me donne, ma mère qui pleure…»: l’acteur Saïd Bogota, atteint de nanisme, a raconté sa vie sous le joug du handicap mardi devant la Cour d’assises de l’Essonne, où il comparaît pour avoir tenté d’assassiner le compagnon d’une ex-petite amie.

Connu pour ses rôles dans «Taxi 5» et «Pattaya», l’accusé a décrit depuis son box «le regard des gens, les pointages du doigt, les surnoms qu’on (lui) donne, (sa) mère qui pleure», et comment «il offrait des cadeaux pour avoir des amis». «À 15 ou 16 ans, je voulais me suicider», résume-t-il dans un souffle, même s’il confie avoir connu une enfance «heureuse» auprès de ses parents, originaires d’Algérie, de ses frères et de ses sœurs.

À 15 ou 16 ans, je voulais me suicider.

Saïd Bogota

Tous se succèdent à la barre pour confirmer les épreuves quotidiennes du jeune Saïd Bogota. En pleurs, sa mère narre les rackets à l’école et les employeurs «qui ne voulaient pas de lui». «Dans la rue, tout le monde disait: «le nain, le nain!»», renchérit un frère. «Si je pouvais tout effacer, je le ferais», promet même la sœur, très émue, à propos de l’agression.

Dans la salle, la victime et sa mère pleurent en se tenant les mains. Depuis lundi, Saïd Bogota est jugé pour avoir commandité et participé à l’enlèvement, la séquestration et la tentative d’assassinat en 2018 d’un adolescent, compagnon d’une de ses anciennes petites amies. Il partage le box des accusés avec deux autres hommes – l’un des accusés comparaissant libre.

Violence extrême

Les détails du calvaire de la victime sont glaçants. Le jeune homme, 17 ans au moment des faits, est enlevé puis retenu en otage dans une cave d’immeuble pendant plusieurs heures, où ses ravisseurs le forcent à ingérer de l’acide chlorhydrique. Ensuite transporté dans un champ, il reçoit deux tirs de flash-ball en pleine tête, du gaz lacrymogène au visage, des coups de clé à molette sur le crâne, avant d’être aspergé d’essence puis incendié.

Parmi ses trois agresseurs, la victime reconnaît formellement Saïd Bogota qui, devant les enquêteurs, a reconnu une partie des violences mais nié avoir voulu la tuer. Des photographies de l’adolescent, la tête et le corps éclaboussés de sang, en caleçon et choqué, ont été projetées à l’audience, provoquant l’émoi de sa famille.

Face à ses juges et à sa victime, Saïd Bogota s’efforce d’imposer son humanité. «Je veux être un être humain comme tout le monde, avoir une copine, des enfants, aller travailler, métro, boulot, dodo», affirme-t-il à la cour.

Excuses présentées à la victime

Aux experts revient alors la tâche d’essayer d’expliquer le déchaînement de violence qui lui est reproché. «Le sentiment de rejet en lien avec son handicap physique» que l’acteur a éprouvé tout au long de sa vie est «une clé importante pour comprendre son fonctionnement», avance le psychiatre Vincent Mahé.

Aujourd’hui, je n’arrive plus à me regarder dans un miroir. Je me trouve laid – un monstre – pour ce que j’ai fait.

Saïd Bogota

«Imprégné» de cette petite amie, selon ses propres mots, Saïd Bogota a «hyperinvesti cette relation», ajoute le médecin, car «elle venait en écho à des années de désert affectif». Elle a pu «générer des sentiments de colère, de rancœur, de rage».

«Aujourd’hui, je n’arrive plus à me regarder dans un miroir. Je me trouve laid – un monstre – pour ce que j’ai fait», lâche Saïd Bogota qui a présenté ses excuses à la victime. Elle sera entendue mercredi et le verdict rendu le 21 septembre.

(AFP)

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