tendances alimentaires: «Devenir végétalien n’est plus un choix qui fait peur»
Hanni Rützler, psychologue et spécialiste de la nutrition autrichienne âgée de 60 ans.

Hanni Rützler, psychologue et spécialiste de la nutrition autrichienne âgée de 60 ans.

Soil To Soul
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tendances alimentaires«Devenir végétalien n’est plus un choix qui fait peur»

Hanni Rützler, psychologue et spécialiste de l’alimentation, parle des tendances alimentaires qui finiront dans notre assiette.

par
Luise Faupel

L’évolution sociale influence ce que nous mangeons. Hanni Rützler le sait bien puisque la chercheuse autrichienne a fait de ce sujet son métier. Psychologue et spécialiste de l’alimentation renommée dans son pays, elle vient de publier son 10e rapport (en anglais) sur l’alimentation pour le German Future Institute.

Comment naissent les tendances alimentaires?

Les tendances sont des réponses à des problèmes, à des envies et à des désirs. Elles sont le fruit d’un changement social et c’est exactement ce que j’analyse pour classer les tendances alimentaires.

Comment pouvez-vous pressentir ces tendances?

J’observe le monde de la gastronomie, le commerce et la société. Je collecte des informations qui constituent des phénomènes de mode.

Quelles sont les tendances les plus marquantes pour 2023?

Au lieu de cibler des tendances ou des produits en particulier, je préfère me concentrer sur des indices globaux, à savoir les mouvements fondamentaux. Par exemple, la prise de conscience de la durabilité et l’essor de l’alimentation végétale, des alternatives alimentaires, de la régionalité et de la mondialisation culinaire.

La viande in vitro est l’un des sujets principaux de mon rapport

Hanni Rützler

La consommation de viande est un enjeu crucial, non?

Oui, l’avenir de la consommation de la viande et les innovations telles que la viande in vitro sont l’un des sujets principaux de mon rapport. Cela s’applique également aux nouvelles technologies alimentaires pour les alternatives aux produits d’origine animale, telles que la fermentation de précision.

De quoi s’agit-il?

En utilisant une technologie de pointe, on peut recréer des levures et des nutriments spécifiques pour aboutir à un fromage sans lait, par exemple. C’est dans ce but que des levures sont génétiquement modifiées et la caséine protéique est recréée. Auparavant, elle ne pouvait provenir que de mammifères tels que les vaches.

Le jeunes cherchent des solutions aux problèmes actuels

Hanni Rützler

Qui sont les personnes les plus influencées par les tendances alimentaires?

C’est toujours majoritairement des jeunes. Ils sont toujours mieux disposés à expérimenter les nouveautés. On l’observe notamment sur la question du changement climatique qui travaille davantage les jeunes. Ils cherchent des solutions aux problèmes actuels et sont ouverts à d’autres voies. Les réponses sont, par exemple, la lutte contre le gaspillage alimentaire ou la consommation d’insectes. Les jeunes sont très ouverts. En même temps, l’alimentation est devenue un enjeu identitaire quel que soit l’âge. L’offre pléthorique disponible dans les supermarchés nous permet enfin de faire des choix selon notre conscience, quitte à abandonner certaines références et autres traditions. Par exemple, devenir végétalien, ce n’est plus un choix qui fait peur.

Dans quelle mesure les crises actuelles affectent-elles les tendances?

La crise sanitaire causée par le Covid-19 et la guerre en Ukraine ont accru la prise de conscience des problèmes mondiaux et locaux. Parmi eux, il y a l’instabilité de nos chaînes d’approvisionnement et notre dépendance à des pays producteurs ou exportateurs. Plus d’un tiers des céréales est englouti par l’alimentation animale, ça ne peut pas continuer comme ça.

Quels sont vos conseils à quelqu’un qui souhaite adapter son alimentation aux enjeux actuels?

La première chose à faire, c’est déterminer où et comment vous faites vos courses. On achète de façon différente au marché et au supermarché, en axant ses choix selon la saisonnalité. Il faut accorder de l’importance à ses propres valeurs et à ses goûts.

La pandémie a accéléré l’émergence de nouvelles tendances alimentaires

Hanni Rützler

Les enseignes bios et les substituts de la viande sont chers…

Oui parce que l’innovation coûte cher. Les prix baisseront quand davantage de gens consommeront ce type de produits. Leur popularité dépend des achats dans les supermarchés, c’est là que s’opèrent les choix décisifs.

Avez-vous déjà prédit une tendance alimentaire qui ne s’est pas concrétisée?

C’est plutôt le contraire! J’ai parfois été trop rapide en évoquant certains phénomènes confidentiels tels que le Ghost Kitchen dont l’émergence a été accélérée par la pandémie. Mais, en toute honnêteté, c’est surtout une question de temps. Ajoutez à cela l’intuition et la chance.

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