Actualisé 27.07.2011 à 16:02

Neuchâtel XamaxDick Marty répond à Bulat Chagaev

Pris à partie par le propriétaire de Neuchâtel Xamax Bulat Chagaev, le conseiller aux Etats tessinois Dick Marty répond à l'homme d'affaire russe dans «Le Temps» de vendredi.

Dick Marty répond à Bulat Chagaev, nouveau propriétaire de Xamax. (Photo: pixsil.com)

Dick Marty répond à Bulat Chagaev, nouveau propriétaire de Xamax. (Photo: pixsil.com)

Le sénateur libéral-radical Dick Marty estime que le football prend une direction inquiétante et justifie son rapport sur la Tchétchénie, jugé non crédible par Bulat Chagaev.

Le rachat de Neuchâtel Xamax par Bulat Chagaev continue de susciter bien des craintes, surtout après les derniers événements qui ont témoigné de la rudesse de la méthode du Russe. Le fond du problème demeure l'origine de l'argent du nouveau propriétaire, qui revendique des liens très étroits avec le président Tchétchène Ramzan Kadyrov, acussé de non respect des droits de l'homme par plusieurs ONG.

«Je crois que cela arrive un peu partout: des grands clubs ont été rachetés, la FIFA donne une image de magouilles, de corruption, où l'argent domine, sans aucune transparence, sans contrôle démocratique, estime M. Marty. Le football est en train de prendre une pente très inquiétante.» La provenance des fonds de Bulat Chagaev pose au conseiller aux Etats un problème «éthique».

«L'argent n'a pas d'odeur»

«(...) la fille du président kazakh achète une villa pour 75 millions, la fille du président ouzbek fait une acquisition à Genève, et on accepte cela sans broncher, on continue à penser que l'argent n'a pas d'odeur», poursuit Dick Marty. Lequel rappelle que «les autorités tchétchènes ont été ces deux dernières années condamnées 200 fois par la Cour européenne des droits de l'homme, du jamais-vu dans l'histoire judiciaire en Europe». «(...) des gens s'amusent à acheter des clubs de football plutôt que d'investir chez eux (ndlr: en Tchétchénie). Je trouve cela vraiment triste.»

Dick Marty a remis au Conseil de l'Europe, en 2009, un rapport sur la Tchétchénie. Bulat Chagaev a jugé que le document «n'est pas crédible», dans «Le Matin» de mercredi. «Quand il était à Grozny, poursuit-il, M. Marty a déclaré que tout allait bien. Et quand il est rentré, il est devenu très critique.» Le Tessinois se défend d'un revirement. «Je n'ai pas du tout changé d'avis ! Qu'il lise le rapport, je m'exprime très clairement sur la question de Ramzan Kadyrov, j'ai même témoigné à ce sujet lors d'un procès public à Vienne. Je crois que ce monsieur ne sait pas de quoi il parle.» Et le sénateur PLR d'ajouter être «sûr qu'il (ndlr: M. Chagaev) ne l'a même pas lu».

Bernasconi aussi épinglé

M. Marty rappelle encore le succès rencontré par son rapport, qui a été salué tant par la moitié de la délégation russe que par les ONG. «Le 'New York Times' a parlé d'un 'petit miracle'», ajoute-t-il encore. Durant son séjour en Tchétchénie, Dick Marty explique ne pas avoir entendu parler de Bulat Chagaev, son travail étant alors de «faire un rapport sur la situation des droits de l'homme» et non «sur le proches de Ramzan Kadyrov».

Le conseiller aux Etats s'alarme aussi du fait que «l'arrogance de l'argent est l'unique exemple donné aux jeunes». Mais il précise que Bulat Chagaev n'a pas le monopole de ce modus operandi. «Pas besoin d'aller jusqu'en Tchétchénie pour le constater: quand Sylvio Bernasconi, l'ancien président du club, dit que 'ceux qui n'ont pas d'argent n'ont qu'à fermer leur gueule', c'est déjà le signe d'une mentalité extrêmement inquiétante.»

Autorités neuchâteloises dans l'attente

Les autorités neuchâteloises, elles, refusent de diaboliser M. Chagaev. Toujours dans «Le Temps», le conseiller d'Etat Philippe Gnaegi, chef des sports, insiste sur le fait que rien ne peut être reproché au Russe pour l'instant. «Notre condition est que les lois en vigueur en Suisse et dans les cantons soient respectées, et c'est le cas dans ce dossier. Cet homme travaille depuis vingt ans à Genève, qui est un Etat de droit.»

Le libéral-radical se dit par ailleurs prêt à rencontrer Bulat Chagaev. «C'est important que la politique soit en dialogue direct avec le monde du sport, et je pense qu'une rencontre va se faire.» (ats)

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