Genève - Dieudonné a «volontairement nié la Shoah»
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GenèveDieudonné a «volontairement nié la Shoah»

Le Tribunal a jugé l’humoriste français coupable de discrimination raciale, d’injure et de diffamation jeudi. Il l’a condamné à 30’600 francs d’amende.

par
Leila Hussein

Lundi à l’issue de son procès, le polémiste était confiant quant au verdict et avait annoncé qu’il ferait recours si le jugement n’était pas en sa faveur.

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«La faute du prévenu est importante. Il a agi avec mépris. Minimiser l’immense souffrance des Juifs est insoutenable», a déclaré la présidente du Tribunal de police, Sabina Mascotto, jeudi au moment de rendre le verdict à l’encontre de Dieudonné M’Bala M’Bala. Accusé de discrimination raciale, d’injure et de diffamation, l’humoriste franco-camerounais a été condamné à 180 jours-amende à 170 francs, soit au total 30’600 francs.

Une première en Suisse pour le polémiste déjà sanctionné à de nombreuses reprises en France pour des propos antisémites. «Nous sommes extrêmement satisfaits», a confié Me Philippe Grumbach, avocat de l’accusation, soit la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) et son secrétaire général. Il a tenu à saluer la détermination et le courage du Ministère public dans cette affaire. De son côté, la défense a annoncé qu’«un recours sera vraisemblablement déposé. Bien sûr qu’il y a de la provocation. Mais n’est-ce pas le rôle du fou du roi?», a questionné Me Pascal Junod pour qui «c’est l’humour qui a été condamné». Le principal intéressé, actuellement en tournée, n’était pas présent à l’annonce du jugement.

Des affinités avec «des négationnistes notoires»

«Sa prise de conscience inexistante et ses nombreux antécédents» ont ainsi poussé la justice genevoise à suivre l’exemple français, sans accorder de sursis au quinquagénaire. «Une décision choquante», selon l’avocat de Dieudonné. «On cite la jurisprudence française pour le charger, mais on ne prend pas en compte le fait qu’il n’a pas été poursuivi dans l’Hexagone pour ce spectacle. Il y a deux poids deux mesures».

L’absence de mise en contexte de la phrase hurlée durant son spectacle montre clairement «une volonté de nier la Shoah et les chambres à gaz, car elle ne peut pas être comprise autrement par le public», a indiqué Sabina Mascotto, pour qui «peu importe si les propos sont ceux d’un personnage en plein crash d’avion. Le prévenu reste responsable de ce qu’il dit». Elle a également souligné «les accointances de l’accusé avec des négationnistes notoires, tels qu’Alain Soral».

«Les chambres à gaz n’ont jamais existé.» C’est cette phrase, prononcée lors des représentations de son spectacle «En Vérité» joué à Nyon et à Genève en 2019, qui a conduit Dieudonné devant la justice genevoise lundi, pour discrimination raciale.

Deux témoins à charge

L’humoriste de 55 ans a également été jugé coupable d’injure à l’encontre de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD). Lors de ses représentations au bout du lac en juin 2019, il aurait déclaré: «Il faut leur dire d’aller se faire enculer à la CICAD.» Des propos que le prévenu a vivement réfutés. Or, deux employés de l’association en question, qui avaient été envoyés voir le spectacle, assurent avoir entendu cette phrase. «Malgré leur lien de subordination avec les plaignants, il n’y a pas lieu de mettre en doute leur parole», a jugé la présidente du tribunal. Une fois encore, l’avocat de la défense s’insurge. «Nous avons cinq personnes qui disent l’inverse et dont le témoignage a été balayé.»

En outre, Sabina Mascotto a estimé que «si Dieudonné était agacé d’être surveillé par la CICAD, il aurait pu exprimer son mécontentement d’une autre manière moins injurieuse».

En partie acquitté pour diffamation

Le secrétaire général de la CICAD, Johanne Gurfinkiel, traité de «menteur, raciste et malhonnête» par l’artiste dans une interview donnée à Genève, avait aussi porté plainte pour diffamation. L’humoriste a été acquitté en ce qui concerne les termes «menteur et malhonnête», qui n’ont pas été jugés pénalement répréhensibles dans cette affaire. En revanche, il a été condamné pour avoir qualifié le secrétaire général de «raciste», car aucune preuve ne permet de le justifier.

Dieudonné devra s’acquitter des frais de procédure, soit au total plus de 13’000 francs. Le Tribunal a toutefois estimé que le degré de gravité des infractions d’injure et de diffamation à l’égard de la CICAD et de Johanne Gurfinkiel ne justifiait pas de réparation pour tort moral.

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