Genève: Diminuer le service civil pour sauver les chômeurs?
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GenèveDiminuer le service civil pour sauver les chômeurs?

L'UDC veut limiter l'engagement de civilistes dans le secteur public. Ils prennent du travail aux jeunes à la recherche d'un emploi, assure le parti.

par
David Ramseyer
zivi

«C'est de la concurrence déloyale pure et simple.» Pour Stéphane Florey, chef du groupe UDC au Grand Conseil, les astreints au service civil constituent une main d'oeuvre bon marché - leur salaire est largement couvert par l'assurance perte de gains - et barrent la route aux chômeurs ou à des jeunes à la recherche d'un stage.

L'élu a donc déposé lundi une proposition de motion qui demande à l'Etat qu'à compétences égales, il engage des demandeurs d'emploi ou des personnes à l'aide sociale, plutôt que des civilistes. Le texte, qui sera soumis au parlement cantonal à sa session de septembre, souhaite étendre cette pratique aux communes et aux entités subventionnées.

Modifier la pratique à Berne plutôt qu'à Genève

Dans un canton au chômage élevé en comparaison nationale et en manque de places d'apprentissage, les centaines de civilistes genevois (cf. encadré), «n'ont pas forcément fait le choix de travailler dans un EMS, par exemple. Ils prennent ainsi la place de gens potentiellement intéressés par de tels postes», dénonce Stéphane Florey.

«Je peux partager le constat de l'UDC lorsqu'elle parle de concurrence déloyale», réagit le député PLR Murat Alder. Egalement officier à l'armée, il plaide pour une modification de la pratique fédérale qui permet aujourd'hui un «quasi libre choix entre service militaire et civil». Mais l'élu note que pour l'heure, «s'il n'y a pas assez de places pour les civilistes, ils se retrouveront sans travail, ne feront rien, et ce sera pire!»

Formateur et utile

Une place de civiliste, «c'est une expérience professionnelle qui compte pour un jeune», remarque de son côté la députée des Verts Sophie Forster Carbonnier, opposée au texte du parti agrarien. Elle insiste: «Ces gens fournissent aussi des prestations que les entités qui les emploient ne peuvent pas forcément financer».

L'Organe d'exécution du service civil, lui, n'entend pas se prononcer sur un texte cantonal. Mais son porte-parole Thomas Brückner précise cependant que le but du service civil «est d'opérer dans les domaines où les ressources ne sont pas suffisantes». Il ajoute que «la loi prévoit des règles pour que l'affectation des personnes astreintes au service civil (...) ne fausse pas le jeu de la concurrence». L'Organe précise enfin que le nombre ainsi que la durée des places sont limités et que des inspections sont régulièrement menées.

Une intention cachée?

Ce n'est pas la première fois que l'UDC s'en prend au service civil, accusé notamment de plomber les effectifs de l'armée. La proposition de son élu genevois ne serait-elle en réalité qu'une attaque purement idéologique contre cette pratique? «Sur le principe, nous n'y avons jamais été favorable, c'est vrai», admet Stéphane Florey. Ce dernier estime que l'armée, qui réforme de plus en plus de jeunes, devrait ainsi revoir son mode de sélection. «Mais je ne conteste pas la qualité du travail des civilistes». Le député le jure: «Mon souci, c'est l'emploi à Genève».

Explosion du nombre de civilistes

L'année de sa création, en 1996, le service civil a admis 96 personnes sur l'ensemble du pays. L'an passé, ce chiffre était de 6169. Il y a 17 ans, une modification de procédure a fait bondir la statistique. Jusqu'en 2009, les candidats devaient motiver leur objection de conscience devant une commission ad hoc; depuis, c'est la "preuve par l'acte" qui prévaut. Les futurs civilistes remplissent simplement un formulaire et acceptent d'effectuer une fois et demi le nombre de jours obligatoires de service militaire. Les personnes astreintes travaillent surtout dans des institutions pour personnes âgées et des hôpitaux, dans le secteur social ou dans le domaine de l'environnement.

L'an dernier, 384 personnes ont été admises au service civil dans le canton de Vaud, 332 à Genève (un chiffre stable depuis sept ans), 172 à Fribourg, 101 dans le Valais, 99 à Neuchâtel et 62 dans le Jura.

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