04.11.2020 à 19:12

SuisseDirectives médicales actualisées face au manque de lits

L’Académie suisse des sciences médicales et la Société suisse de médecine intensive adoptent de nouvelles mesures pour contrer la menace du manque de places en soins intensifs.

KEYSTONE

Face à la menace de manque de lits dans les unités de soins intensifs, l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) et la Société suisse de médecine intensive (SSMI) viennent d’actualiser leurs directives. Celles-ci doivent permettre aux hôpitaux de trier les patients, malades du Covid ou non, en cas de pénurie des ressources.

Un des changements importants survenu depuis la première vague de coronavirus est la création par la Confédération du Service sanitaire coordonné (SSC), qui synchronise la répartition des malades entre les 150 hôpitaux de soins aigus en Suisse. L’ASSM propose que ce soit également cette antenne qui décide quand les unités de soins intensifs devront introduire le tri des patients, selon les critères qu’elle vient de réactualiser. Cela garantirait que toutes les ressources ont bel et bien été épuisées avant qu’un hôpital ne se trouve dans l’obligation d’opérer un tri des patients.

Nouveau critère: la fragilité

Comme précédemment, l’âge en soi n’est pas un critère de tri, poursuit l’Académie dans un communiqué mercredi. La démence ou un handicap ne devraient pas non plus influencer la sélection. Cependant, ces facteurs fournissent une indication de l’état général d’un patient.

Pour mieux évaluer celui-ci, l’ASSM intègre désormais le terme de fragilité. Pour l’évaluer, elle se réfère à une échelle de notation de 1 à 9 allant de «très en forme» à «en phase terminale» avec une espérance de vie de moins de six mois.

Si, en raison d’une surcharge totale des capacités aux soins intensifs, des patients ayant besoin de soins intensifs doivent être refusés, le pronostic à court terme est le facteur décisif pour le triage, souligne l’ASSM. Lors de l’admission aux soins intensifs, les patients dont le pronostic de sortie de l’hôpital est favorable avec une thérapie de soins intensifs mais défavorable sans soins intensifs, ont la priorité absolue; il s’agit des patients qui profitent le plus des soins intensifs.

De plus, suite aux réactions de diverses organisations professionnelles, la liste des critères de triage a été complétée par des points concernant l’admission ou la non-admission dans une unité de soins intensifs.

La volonté du patient doit par exemple rester une priorité. Les ressources déjà rationnées ne doivent pas être utilisées pour les patients qui ne souhaitent pas un tel traitement. Il n’y a aucune différence entre les personnes atteintes de Covid-19 et les autres patients.

Le but est de minimiser le nombre de décès. Il s’ensuit que le personnel médical doit être protégé, car sans leurs efforts, encore plus de personnes mourront. La protection contre les surcharges physique ou psychique fait également partie de la protection du personnel.

Pas de tri au printemps

L’ASSM et la SSMI avaient déjà actualisé leurs directives datant de 2013 en mars dernier. Les hôpitaux n’ont pas eu besoin d’y recourir lors de la première vague de coronavirus.

«La situation en Suisse ne s’est pas dégradée au point de devoir appliquer les directives», avait déclaré l’ASSM. Les pénuries redoutées dans les hôpitaux suisses ont pu être évitées grâce notamment à la limitation des interventions et à la restriction rigoureuse de la vie sociale.

L’évolution de la pandémie, qui s’est fortement accentuée au mois d’octobre, a exigé cette adaptation et la mise à jour de ces directives, en s’appuyant sur les leçons tirées depuis mars dernier et sur les dernières découvertes scientifiques. Le principe directeur selon lequel les mêmes critères d’admission et de maintien en soins intensifs doivent être appliqués dans l’ensemble de la Suisse est maintenu sans aucun changement.

Les quatre principes médico-éthiques largement reconnus (bienfaisance, non-malfaisance, respect de l’autonomie et équité) restent décisifs, même en cas de pénurie des ressources. Ces directives médico-éthiques de l’ASSM s’adressent aux professionnels de la santé et leur offrent des aides concrètes pour le quotidien médical.

(ATS/NXP)

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