Disparition d'Agnès Le Roux: verdict 30 ans après

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Disparition d'Agnès Le Roux: verdict 30 ans après

Trente ans après les faits et alors qu'aucun cadavre n'a été retrouvé, Jean-Maurice Agnelet a été condamné jeudi par la cour d'assises d'appel d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) à 20 ans de réclusion criminelle.

Le président Jean-Pierre Deschamps a ordonné le placement en détention de l'accusé. Ses avocats ont aussitôt indiqué qu'ils allaient déposer un pourvoi en cassation et solliciter une demande de mise en liberté.

Au terme d'un délibéré qui n'aura duré qu'un peu plus de deux heures, les jurés, qui n'ont pas à motiver leur décision, ont estimé, à la majorité qualifiée, en leur intime conviction, que l'ex-avocat niçois était bien le responsable de la mort de la jeune femme, âgée de 29 ans au moment des faits.

A l'énoncé du verdict, la mère d'Agnès Le Roux, Renée Le Roux, et ses enfants, sont tombés dans les bras les uns des autres, tandis que Jean-Maurice Agnelet demeurait sans voix, figé et sans émotion comme il l'est souvent apparu lors du procès.

«Cela ne me rendra jamais ma fille hélas, a aussitôt réagi Renée Le Roux. «Malheureusement, nous ne reverrons jamais Agnès». «A Nice, il avait dit: ma première pensée est pour Agnès. Cette fois, il n'a pas pu le dire», a déclaré Patricia, l'une des soeurs d'Agnès. «Je n'ai pas tué Agnès Le Roux. Je suis totalement étranger à cette disparition», avait déclaré M. Agnelet à l'issue des débats.

Pour Me Hervé Temime, l'avocat de la famille Le Roux, «l'intime conviction des jurés a été très claire, très ferme». Les jurés ont en tout cas suivi jeudi à la lettre les réquisitions de l'avocat général Pierre Cortès, qui avait requis mercredi soir la même peine de 20 ans.

«Je vous demande de le priver de sa liberté», avait lancé le magistrat au terme de sept heures de réquisitoire contre «celui pour qui l'élimination d'un être humain est un reclassement de dossier». «Non, vraiment, cet homme est coupable. Il n'a jamais eu aucun sentiment pour Agnès. Il l'a séduite. Elle a été sa dupe et sa victime. Son comportement ne laisse aucun doute, son silence est assourdissant», avait insisté l'avocat général.

Les avocats de Jean-Maurice Agnelet ont qualifié la décision de «scandaleuse». «Pour nous, le combat continue, a déclaré Me François Saint-Pierre. «Une nouvelle affaire commence. C'est l'affaire Agnelet. Nous n'abandonnerons pas le combat. Comment peut-on juger trente ans après, sans que l'accusation puisse dire où, quand et comment? C'est une erreur judiciaire.» Pour l'autre avocat de M. Agnelet, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi, «le jury s'est instauré Dieu, il n'y a que Dieu qui puisse prononcer une condamnation sans preuve».

Le parquet général d'Aix-en-Provence avait fait appel de l'acquittement de Jean-Maurice Agnelet, 69 ans, le 20 décembre 2006, prononcé en première instance par la cour d'assises des Alpes-Maritimes.

L'ex-avocat et amant d'Agnès Le Roux, disparue entre le 27 octobre et le 2 novembre 1977, était rejugé depuis le 17 septembre à Aix-en-Provence. Il comparaissait libre et encourait la réclusion criminelle à perpétuité.

Jean-Maurice Agnelet a été radié du barreau en 1978. «Jamais Agnès Le Roux n'aurait perdu la vie sans Jean-Maurice Agnelet», avait plaidé l'avocat de la famille Le Roux, Me Hervé Temime. Agnès Le Roux a été officiellement déclarée décédée par la justice en avril dernier.

Les avocats de la défense, Mes François Saint-Pierre et Jean-Pierre Versini-Campinchi, avaient soutenu l'acquittement en expliquant que, trente ans après, on ne sait toujours pas précisément dans quelles conditions est morte Agnès Le Roux. Ils avaient invoqué les carences de l'enquête, notamment «l'impossibilité de définir la scène de crime», et appelé les jurés à rendre «un verdict juste». (ap)

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