Suisse: Distribution d'herbe: oui, mais pas à l'insu du patron
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SuisseDistribution d'herbe: oui, mais pas à l'insu du patron

Des études sur la consommation de cannabis récréatif devraient bientôt être possibles. Mais les participants risquent de ne pas pouvoir rester incognito.

par
mst
La Suisse compte quelque 200'000 consommateurs réguliers de cannabis.

La Suisse compte quelque 200'000 consommateurs réguliers de cannabis.

Souhaiteriez-vous participer à une étude sur la consommation de cannabis récréatif, si votre employeur ou votre école devaient en être informés? Probablement pas. C'est pourtant la recommandation de la Commission de la santé publique du National lors de sa dernière réunion, selon le «TagesAnzeiger».

Le débat sur la révision de la loi sur les stupéfiants avait été relancé en novembre 2017 avec le «niet» de l'Office fédéral de la santé publique à une étude universitaire sur le sujet, faute de base juridique. Mais les quelque 200'000 consommateurs réguliers et le manque de contrôle de la qualité des produits poussent le Conseil fédéral à vouloir légiférer afin d'autoriser des essais pilotes «scientifiques» sur une période de 10 ans. Le nombre de participants à chaque étude serait limité à 5000 personnes.

Trop peu de participants

La Commission du National, la première à être consultée sur le sujet, a accepté ce projet de loi d'une courte majorité en mai dernier. Actuellement, une faible majorité de ladite commission est également favorable à l'instauration d'une obligation d'information, selon le quotidien. Mais cette position ne convainc pas du côté des partisans de la nouvelle législation.

Si l'obligation d'information était acceptée, elle sonnerait le glas des études sur le cannabis, regrette Regula Müller, responsable du service de coordination de la toxicomanie en Ville de Berne. «Nous avons besoin d'un vaste nombre de participants pour que les essais soient réalistes, explique-t-elle. Si les employeurs ou les écoles doivent être informés, trop peu de personnes s'inscriront.» Son sentiment est partagé par les responsables des études sur l'herbe à Bâle et à Zurich.

Pour la conseillère nationale Kathrin Bertschy (Vert'libéraux), membre de la commission favorable à ces essais, l'objectif de l'obligation d'information est de faire capoter le projet de loi. Dans une pétition, l'élue bernoise réclame que cette disposition soit tout bonnement abandonnée.

En attendant les élections

Sa collègue de travail Ruth Humbel (PDC) ne voit pas les choses de la même façon. Les expériences sur le cannabis ne ciblent pas les consommateurs occasionnels, «mais visent à toucher des adultes dépendants», réagit la conseillère nationale argovienne, qui doute du but de ces essais.

Ruth Humbel estime que l'on sait déjà beaucoup de choses sur la consommation de cannabis en Suisse. A ses yeux, ce sont les recherches sur l'utilisation médicale du cannabis - qui n'entre pas dans le cadre de la nouvelle loi - qui sont nécessaires.

La balle est donc toujours dans le camp du Parlement. Mais les choses ne devraient pas se décanter rapidement. La commission attend en effet des rapports de l'administration fédérale, sur la protection des mineurs notamment, avant de terminer ses discussions. Comme les rapports ne devraient pas être disponibles avant octobre, aucune décision ne devrait être prise avant les élections fédérales de cet automne.

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