Actualisé 16.10.2012 à 15:41

Espagne

Dix ans après, le procès de la marée noire

Le naufrage du Prestige, survenu le 19 novembre 2002, est jugé dès mardi en Espagne.

Le Prestige avait dérivé six jours dans l'Atlantique, sur les côtes espagnoles.

Le Prestige avait dérivé six jours dans l'Atlantique, sur les côtes espagnoles.

Le procès de la plus grave marée noire de l'histoire de l'Espagne s'est ouvert mardi à La Corogne, en Galice (nord-ouest), dix ans après le naufrage du Prestige. Quatre accusés, dont le commandant du pétrolier, seront jugés pendant plusieurs mois.

La première journée a été consacrée à des questions de procédure. Le début proprement dit du procès interviendra le 13 novembre, lorsque commenceront les auditions des accusés.

Parmi eux figurent le commandant grec du navire, Apostolos Mangouras, âgé de 78 ans, le chef mécanicien, Nikolaos Argyropoulos, grec lui aussi, ainsi que le directeur de la Marine marchande espagnole de l'époque, José Luis Lopez-Sors, qui se sont assis tous trois mardi sur le banc des accusés. Le quatrième accusé, l'officier en second philippin, Ireneo Maloto, est en fuite.

Responsables politiques absents

Les organisations écologistes dénoncent l'absence de responsables politiques. Elles rappellent que le gouvernement de l'époque avait ordonné que le navire en dérive soit éloigné des côtes, passant outre les recommandations d'experts qui préconisaient de le faire rentrer dans un port pour y contenir la fuite de pétrole.

Elles s'indignent aussi que les conséquences environnementales de la marée noire restent en partie inconnues. Une étude scientifique, publiée en 2010, affirmait ainsi que les pêcheurs ayant participé au nettoyage de la pollution présentaient des modifications de leur ADN et des problèmes pulmonaires.

Quelques centaines de membres du collectif «Nunca mas» (Jamais plus) ont manifesté mardi devant le Tribunal supérieur de justice de Galice. Ils brandissaient un immense oiseau noir mazouté, ainsi que la photographie du chef du gouvernement Mariano Rajoy, qui était alors son porte-parole, avec la légende: «100% menteur».

Dix ans, jour pour jour

Le début des auditions, le 13 novembre, coïncidera avec l'anniversaire, jour pour jour, du début de la catastrophe. Le 13 novembre 2002, le Prestige, un pétrolier libérien battant pavillon des Bahamas, chargé de 77'000 tonnes de fuel, subissait une voie d'eau en pleine tempête au large de la Galice.

Le 19 novembre 2002, le navire se cassait en deux et coulait au large de l'Espagne, après avoir dérivé pendant six jours dans l'océan Atlantique. Il avait laissé s'échapper 50'000 tonnes de brut.

Des milliers de kilomètres de côtes, en Espagne, mais aussi au Portugal et en France, avaient été polluées par un fioul épais et visqueux. La marée noire avait déclenché un vaste élan de solidarité dans toute l'Europe. Quelque 300'000 volontaires avaient accouru pour participer au nettoyage du littoral souillé.

Dix ans plus tard, le Tribunal supérieur de justice de Galice s'apprête à entendre les dépositions de 133 témoins et d'une centaine d'experts. 1500 plaignants se sont regroupés en 55 parties civiles. Le procès doit durer jusqu'en mai 2013.

Douze ans réclamés contre le commandant

Le montant des dommages demandés s'élève à plus de 2,2 milliards d'euros (2,65 milliards de francs), bien que le préjudice ait été chiffré à 4,121 milliards: 3,862 milliards pour l'Etat espagnol, auxquels s'ajoutent les dommages estimés pour l'Etat français (86,36 millions) et pour diverses administrations et particuliers espagnols (172,86 millions).

Le parquet a réclamé 12 ans de prison contre le commandant. Il est poursuivi, comme les deux autres officiers, pour atteinte à l'environnement et à un espace naturel protégé.

Un avocat de plusieurs parties civiles françaises a indiqué mardi qu'il allait demander la poursuite de l'instruction et un procès en France. Il représente le conseil départemental des Pyrénées- Atlantiques, les communes de Saint-Jean-de-Luz, Ciboure et Bidart notamment, des pêcheurs et des associations.

Ses clients avancent des préjudices de plusieurs millions d'euros, et veulent voir reconnaître le préjudice écologique, qui n'est pas reconnu en Espagne contrairement à la France. L'Espagne ne reconnaît pas non plus comme parties civiles les associations, a-t- il ajouté. (ats)

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