Chamoson (VS): Dix millions de francs investis après le drame
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Chamoson (VS)Dix millions de francs investis après le drame

L’orage de type tropical du 11 août 2019 a mis en crue simultanément les quatre torrents proches du village. D’importants investissements ont été réalisés depuis.

Chamoson a investi dix millions de francs dans d'imposants travaux de sécurisation après le drame qui a frappé le village valaisan le 11 août 2019. Le débordement de la Losentze avait emporté une fillette de 6 ans et un homme de 37 ans.

Ce dimanche d'été en fin de journée, Claude Crittin était dans sa voiture, de retour de vacances. Son téléphone crépite de messages d'alerte avertissant du déferlement de laves torrentielles et du débordement du torrent de la Losentze. Une fois sur place, le président de Chamoson se rend compte de l'ampleur du drame.

D'une exceptionnelle violence, l'orage a parcouru le Valais à grande vitesse: A Chamoson, 175'000 mètres cubes de matériaux arrachés à la montagne se sont abattus dans les cours d'eau, soit l'équivalent de 21 fois le volume de l'église du village. La boue s'élève à 7 mètres à certains endroits.

Ces laves qui ont dévalé la pente à une vitesse allant jusqu'à 50 km/h ont emporté deux véhicules stationnés près du réservoir du Châtelard, hors de la zone à bâtir. L'un était vide, l'autre occupé par une fillette française de 6 ans et un Genevois de 37 ans établi en Valais.

Quatre torrents en crue

Près d'une année plus tard, les corps des deux malheureux n'ont toujours pas été retrouvés. «Après chaque épisode pluvieux important, nous menons des recherches dans le lit de la rivière, et cet été, nous voulons le refaire avec l'aide de chiens spécialisés», explique Claude Crittin à Keystone-ATS.

Le président de la commune, ancien commandant de compagnie d'infanterie, a été, comme tous les habitants, très secoué par le drame. «Nous avions terminé d'importants travaux de sécurisation dans la commune suite aux intempéries de 2018. La zone à construire était protégée, aucune habitation n'était en zone rouge. Nous pensions être à l'abri».

Mais l'orage de type tropical de ce 11 août 2019 met en crue simultanément les quatre torrents qui courent le long de l'imposante paroi de calcaire et de schiste qui surplombe le village et culmine à 3000 mètres d'altitude. La rivière Saint-André, qui traverse la zone à construire, ne déborde pas grâce aux travaux de sécurisation effectués.

«Dans la Losentze, qui court à l'extérieur du village, le débit de la lave atteint 600 mètres cubes par seconde. Un événement qualifié de très rare par les spécialistes, pouvant se produire tous les 300 ans», précise Claude Crittin.

Une soixantaine d'emplacements

Malgré le drame et la stupeur, il faut entreprendre au plus vite des travaux d'urgence. Au total, la commune investit dix millions de francs pour réparer et sécuriser la zone.

(Re)construction de seuils, digues, murs, prises d'eau, renforcement de piliers de ponts ou encore enrochements: une soixantaine d'emplacements sont concernés.

«L'objectif est que les laves éventuelles restent dans les lits des torrents», note Claude Crittin. Les travaux, subventionnés à 85% par la Confédération et le canton (voire à 95% si le Grand Conseil valaisan donne son accord lors d'une prochaine session), sont actuellement terminés et les ouvrages prêts à en découdre avec d'éventuels épisodes orageux cet été.

Surveillance des orages violents

En observant en ce début juillet les filets d'eau dans les lits des torrents du village, on peine à imaginer la furie tueuse qui peut s'en emparer. C'est pour cette raison que la commune a misé sur l'information: les écoles, la population, les propriétaires de résidences secondaires ont tous été sensibilisés, notamment via un dépliant clair et précis.

Outre les traditionnelles alertes sms de la commune et de l'application MétéoSuisse, Chamoson a créé un nouveau panneau «Danger», posé aux abords des lieux sensibles, inédit au niveau Suisse et en cours d'homologation par le canton. De plus, le village situé à une dizaine de kilomètres de Sion est l'un des 25 secteurs à risque qui testent depuis la mi-juin un nouveau système de surveillance des orages violents.

Baptisé SORA, il est mis sur pied par le canton en collaboration avec une entreprise de météorologie privée. «Cela n'existe pas ailleurs en Suisse à notre connaissance», indique Claude Crittin.

Quatre observateurs en dangers naturels rattachés à l'état-major de conduite en cas de catastrophes de la commune reçoivent des briefings par mail et un message whatsapp environ une heure avant un épisode orageux, avec la durée et l'intensité supposées. «Cela devrait nous permettre d'avoir le temps de fermer des routes préventivement».

«Humblement face à la force de la nature, nous essayons de tout faire pour éviter que les gens ne se trouvent en danger», conclut Claude Crittin, qui espère ne plus jamais revivre un épisode aussi douloureux que celui de 2019.

(ATS)

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