Lausanne - Domaine public dévasté chaque week-end ensoleillé

Publié

LausanneDomaine public de nouveau dévasté ce week-end

Les scènes de désolation se répètent au bord du lac de la capitale vaudoise. Face aux incivilités polluantes, les autorités se montrent impuissantes.

par
Frédéric Nejad Toulami
Vidéo tournée dimanche matin

«Ça vous choque ce matin? Mais c’était pire hier!» Rencontré ce dimanche au petit matin au milieu des tas d’immondices abandonnés et des bris de verre, un employé communal des espaces verts semble fataliste. Les premières lueurs de l’aurore font apparaître au grand jour la décharge à ciel ouvert qui recouvre le bord du lac Léman à Vidy, notamment.

La présence de containers de déchets n’y change rien la nuit

Tant au lieu-dit Les Pyramides, très prisé des 16-25 ans pour y boire et faire la fête, que sur le gazon du Parc du Bourget sans oublier le sable de la plage, les scènes de désolation sont les mêmes; restes de nourriture, canettes et bouteilles vides (et parfois brisées), emballages, assiettes grasses en carton, gobelets, grills publics communs sales et encombrés. Et la présence de containers à déchets à proximité et colorés pour être repérés n’y change rien.

1 / 6
FNT

FNT

FNT

FNT

FNT

FNT

Un spectacle similaire décrit dans «20 minutes» au début du mois de mai avait fait beaucoup réagir sur la plupart des réseaux sociaux. «On se fait amender grave si on n’utilise pas le bon sac-poubelle taxé, si on emprunte en scooter une voie de bus mais on laisse tranquillou les gens se comporter dans les parcs d’une manière ordurière…» réagissait par exemple Martina Chyba, cheffe de l’Unité magazine et société à la RTS (et ancienne animatrice-productrice de l’émission A Bon Entendeur).

Des faits rares dus au sortir de la pandémie, selon certains­…

Sollicités, certains politiciens semblent impuissants face à cette réalité. Ils n’hésitent pas à l’expliquer par le contexte oppressant de la pandémie, alors que cette problématique dure en réalité depuis de nombreuses années à Lausanne. «Il y a deux genres de public dans la zone Vidy-Bourget, explique la municipale Natacha Litzistorf. Un public diurne qui ne pose pour ainsi dire pas de problèmes, et un public nocturne qui nous laisse cette zone dans l’état dont témoignent vos photos. Les restrictions dues au Covid-19 commencent sûrement à peser sur une partie de la population, pour qui visiblement les bords du lac sont pour le moment un des seuls exutoires possibles», estime l’élue Verte.

Président de la section lausannoise du parti socialiste, Denis Corboz déclarait le 11 mai dernier: «Je suis évidemment attristé de voir ces déchets dans ces parcs et regrette cet état de fait. Le contexte est particulier, je constate que ce premier week-end de mai a été très beau et chaud et que la population est sortie de chez elle pour vivre une journée au soleil, en famille et amis et à la suite de la pandémie nous pouvions nous retrouver dehors. Ces situations de débordements sont rares, pour preuve, tous les lundis les réseaux sociaux ne sont pas saturés de ce genre d’images.»

Utiliser différemment les Correspondants de nuit

À ses yeux, «la balance entre prévention et répression a porté ses fruits ces dernières années» mais il imagine que l’on pourrait déplacer les Correspondants de nuit, occupés au centre-ville et près des boîtes de nuit pour leur demander d’effectuer leur travail au bord du lac par beau temps. Ces correspondants dépendent du dicastère de la Sécurité publique du libéral-radical Pierre-Antoine Hildbrand, qui rappelle qu’ils ne font que de la prévention. Coprésident des Verts lausannois, Benjamin Rudaz estime aussi que le redéploiement de ces Correspondants de nuit serait utile «si les parcs deviennent les lieux de fête privilégiés en sortie de période de pandémie. Ils ont l’habitude d’interagir avec un public festif et parfois alcoolisé.»

Un «éclatement» des services communaux

Rien à redire, par contre, sur cette spécificité lausannoise qui veut que la Brigade propreté, dépendant de la municipale socialiste Florence Germond et assermentée pour coller des amendes, n’intervient que la journée et que sur les avenues et les places en ville. Sauf pour le président du PLR lausannois, Philippe Miauton: «C’est le fruit des répartitions des départements au sein de la gauche de la ville qui a conduit notamment à l’éclatement de services qui devraient certainement être réunis. Des convergences devraient à tout le moins être améliorées.»

Pas de risque d’amendes la nuit au bord du lac

Pour Natacha Litzistorf, «il faut continuer à travailler sur deux axes: la politique de la carotte, avec de l’information et de la sensibilisation sur le terrain. Et la politique du bâton, avec de la répression concernant la problématique diurne».

Affiche de campagne de prévention à Lausanne
Affiche de campagne de prévention à Lausannefnt

Mais quand on demande quand est-ce que les autorités lausannoises ont déjà envoyé des fonctionnaires réprimer les auteurs d’incivilités au bord du lac, des silences gênés font office de réponse. «Avec cette foule de jeunes et la consommation d’alcool de certains, ce serait difficile…», nous confie-t-on anonymement.

Agir «par respect pour le personnel de la Ville»

Philippe Miauton se demande s’il ne faudrait pas augmenter le nombre de poubelles et relève qu’un «domaine tenu par une Verte mérite une meilleure politique contre la pollution, pour la protection de la nature et le tri des déchets, sans parler du mieux vivre ensemble.» Et il espère qu’avec l’arrivée de l’été, «la Municipalité réagira rapidement par respect pour le personnel de la Ville et pour l’image de Lausanne».

1 / 4
Promenade Derrière-Bourg
Promenade Derrière-Bourgfnt
Terrasse Jean-Monet (à Bel-Air) 
Terrasse Jean-Monet (à Bel-Air) fnt
Les corneilles qui pillent les poubelles pleines n’améliorent pas la situation
Av. du Tribunal fédéral

Les corneilles qui pillent les poubelles pleines n’améliorent pas la situation

fnt

Ton opinion

711 commentaires