Actualisé 21.03.2017 à 16:25

Stratégie énergétiqueDoris Leuthard: «C'est à l'économie d'investir»

Pour la ministre, la stratégie énergétique 2050 est une belle occasion pour la Suisse de montrer ses capacités d'innovation dans les nouvelles technologies.

de
Christine Talos

La stratégie énergétique 2050 est «sûre, propre et suisse», a déclaré mardi la conseillère fédérale Doris Leuthard, en lançant sa campagne. Le projet qui vise à sortir du nucléaire en produisant plus d'énergie verte sera soumis au peuple le 21 mai. Le but est d'augmenter l'efficacité énergétique des bâtiments et produire du courant local et plus propre. Le projet vise aussi à rendre la Suisse moins dépendante de l'étranger. La présidente de la Confédération s'exprimait un jour après des opposants issus des milieux économiques qui estimaient le projet trop flou et trop cher. Interview avec Doris Leuthard.

20 minutes: Le monde de l'économie part divisé sur votre stratégie énergétique. Regrettez-vous de n'avoir pas réussi à fédérer l'ensemble de l'économie derrière vous?Doris Leuthard:Je comprends les soucis de certains milieux économiques qui doivent affronter le franc fort, la compétitivité globale, etc. Ils sont toujours sous pression et chaque changement n'est pas vraiment souhaitable de leur point de vue. Mais d'autre part, l'économie suisse est un pilier fort en termes d'innovation et de nouvelles technologies. Et là, j'ai un peu du mal à comprendre que l'industrie freine, qu'elle pense qu'il y a là de gros problèmes et qu'elle vienne parler de manque d'innovation ou encore de difficulté par rapport au stockage. Moi, j'entends plutôt des entreprises qui disent qu'elles ont déjà des solutions et qu'elles vont encore les améliorer. L'histoire a montré qu'en 15 ans le monde change beaucoup. Et j'ai confiance dans le pouvoir d'innovation de l'économie.

Dans leurs arguments, les opposants disent que votre loi est trop floue et qu'il n'y a pas assez de concret, notamment en termes d'objectifs. Que leur répondez-vous? Si on va trop dans les détails et dans ce qui serait souhaitable, on nous reproche de trop mêler la politique à l'économie! Alors oui: nous disons que nous avons un bon potentiel pour les énergies renouvelables en Suisse, mais c'est à l'économie de réaliser ces projets, pas à la Confédération ou aux cantons. C'est aux milieux économiques d'investir. Nous voulons la liberté et c'est aux consommateurs et aux entreprises dans le domaine de l'énergie de choisir ce qu'ils veulent faire.

Faut-il s'attendre à la construction de centrales à gaz ces prochaines années? Je ne pense pas car il faudrait des permis au niveau cantonal. Nous avons eu un projet en Valais (ndlr: l'usine de Chavalon, dans le Chablais). Mais une usine à gaz ne fait pas beaucoup de sens parce c'est à nouveau de l'énergie fossile. Et les coûts sont élevés. Economiquement, cela semble donc difficile. En outre, nous n'en aurions besoin qu'en hiver. Il existe de telles usines en Italie et au sud de l'Allemagne et on pourrait s'y rallier si on le voulait. Mais en Suisse, je ne pense pas que cela soit nécessaire. En outre, ce n'est pas une bonne solution, ni sur le plan économique, ni sur le plan climatique.

Il n'y a pas que certains milieux économiques à s'opposer à cette stratégie. Les anti-éoliens aussi. Or, il faudrait 30 fois plus d'éoliennes d'ici 2050. Est-ce vraiment le chemin que l'on doit prendre dans le domaine des énergies renouvelables? Les éoliennes me font vraiment du souci. Elles ont du potentiel et nous avons de beaux projets mais ils sont bloqués. Je pense que le peuple a encore de la peine à les accepter. Les associations font un bon travail, mais il faut vraiment aller sur le terrain pour expliquer aux gens que l'on ne peut pas dire oui aux renouvelables et non à un projet dans son voisinage. Il faudra convaincre, mais la population doit aussi accepter quelques projets en faveur des énergies vertes. Autrement, il va falloir importer plus d'énergie de l'Europe. Et les investissement se feront alors en Europe, pas en Suisse.

Développer les énergies renouvelables devrait coûter 40 francs par ménage de quatre personnes par an. Est-ce suffisant et est-ce que cela ne risque pas de faire capoter le projet? Cette aide se traduit par une hausse de 1,5 à 2,3 centimes le kilowattheure. C'est suffisant pour atteindre nos objectifs en 2035. D'autant que les coûts des énergies renouvelables baissent chaque année. Pour un ménage de quatre personnes, cela représente 40 francs par an. Ce prix à payer ne sera pas un point important dans cette campagne, à mon avis. Car chacun a la possibilité de réduire cette charge via des économies d'énergie ou des appareils plus efficients.

Pourtant l'UDC, à l'origine du référendum, a évoqué un prix de 3200 francs par an... C'est l'UDC qui a fait ses calculs. Des calculs fantaisistes que je ne comprends pas. Ses auteurs ont avoué qu'ils avaient pris en compte des projets qui ne sont pas présents dans la loi et qui n'ont pas été votés. Alors parlons de cette loi et de ces 40 francs par an.

Si le peuple dit non le 21 mai, que va-t-il se passer? On restera dans le nucléaire et on construira de nouvelles centrales. Ensuite, les mesures pour améliorer l'efficacité énergétique ne seront plus à disposition. Pour les énergies renouvelables, nous conserverons la situation actuelle et il n'y aura pas de soutien additionnel. La liste d'attente sera comme elle est aujourd'hui. Et il y aura une lacune dans l'approvisionnement en hiver. Du coup, les importations pendant la saison froide seront plus importantes qu'aujourd'hui.

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