Actualisé 27.11.2009 à 09:44

CambodgeDouch demande l'acquittement

Le procès de Douch, patron de la prison S-21 sous les Khmers rouges, s'est achevé vendredi sur un stupéfiant coup de théâtre. L'accusé, après avoir avoué ses crimes pendant dix ans, a demandé sa libération et jugé le tribunal incompétent pour le condamner. Le verdict est attendu début 2010.

Après une semaine consacrée au réquisitoire ainsi qu'aux plaidoiries des parties civiles et de la défense, le tribunal a donné la parole une dernière fois aux parties avant de mettre le verdict en délibéré.

Et alors que s'étaient multipliés les appels à des aveux sincères chez un homme habituellement de marbre, Douch, 67 ans, a pris tout le monde à contre-pied: tout en reconnaissant ses crimes, il a argué qu'il était un simple serviteur et non un haut responsable du régime de Pol Pot, et qu'il échappait donc aux compétences du tribunal parrainé par les Nations unies.

«Je voudrais que la chambre me libère», a-t-il déclaré. Le président du tribunal, Nil Nonn, l'a alors questionné pour tenter de comprendre ce brutal changement d'orientation. Et Douch de confirmer: «Je voudrais que la chambre me libère et vous demande, s'il vous plaît, de permettre à mon co-avocat, Kar Savuth, de dire quelques mots».

Me Savuth a ensuite confirmé, en reprenant l'analyse juridique déjà plaidée à l'audience mercredi.

40 ans de prison requis

Une peine de 40 ans de réclusion a été requise à l'encontre de Douch, jugé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour avoir dirigé la prison S-21 entre 1975 et 1979. Environ 15.000 personnes y ont été torturées avant d'être exécutées, sous sa direction.

Sa volte-face rend totalement caduque la plaidoirie de François Roux, avocat français de l'accusé, qui avait dû se désolidariser jeudi de son confrère cambodgien et avait demandé à l'accusation de tenir compte des aveux et des remords de son client pour alléger sa peine.

«Le bureau des procureurs (...) a raté son rendez-vous avec l'Histoire», avait-il estimé en évoquant «un accusé qui depuis le premier jour a dit 'je suis coupable de l'ensemble des crimes'». Et d'ajouter, avec gravité: «vous avez requis violemment contre un homme à genou qui demande pardon».

Désespérant pour les victimes

Mais Douch, plus debout que jamais, a fait basculer le seul procès organisé à ce jour par le tribunal de Phnom Penh. Quatre autres cadres du régime marxiste totalitaire, plus politiques ceux- là, sont actuellement en prison et attendent d'être jugés, sans doute pas avant 2011. Tous nient farouchement.

«C'était un bon jour pour l'accusation à cause du comportement de la défense, mais un triste jour pour la justice et un jour désespérant pour les victimes», a estimé Eric Holder, un expert de l'université de Berkeley, en Californie.

«Le fait qu'il demande l'acquittement renforce notre sensation que ses remords étaient partiels», a estimé pour sa part le procureur international William Smith, au cours d'une conférence de presse. «Je n'arrive toujours pas à comprendre s'il y avait désaccord ou accord entre les deux avocats».

Deux millions de morts

Le pays tout entier a sombré dans le chaos et la déchéance entre 1975 et 1979, par la seule volonté du régime de Pol Pot de revenir à «l'année zéro», laver les cerveaux, vider les villes, éliminer les ennemis réels ou supposés du régime.

Environ deux millions de Cambodgiens, soit un quart de la population, sont morts sous la torture, d'épuisement ou de malnutrition avant que le régime ne soit renversé par l'invasion vietnamienne. (ats)

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