Actualisé 14.01.2008 à 16:08

Drogue: 11 millions confisqués d'une banque lausannoise

La justice vaudoise a confisqué plus de 11 millions de francs issus du trafic de cocaïne colombienne.

Elle a profité de l'occasion lundi pour défendre les compétences cantonales dans de telles affaires de blanchiment d'argent centralisées à Berne.

Cette confiscation est la troisième en importance dans l'histoire vaudoise, a déclaré le juge d'instruction cantonal Jacques Antenen. Il a rappelé celle portant sur une cinquantaine de millions de francs en 1998-1999, également au préjudice d'une ressortissante colombienne et de sa famille, et une autre affaire remontant aux années 1980.

Héritage explosif

La somme confisquée, sur laquelle 8 millions reviendront au canton de Vaud et 3 à la Confédération, a été localisée dans un établissement bancaire lausannois. L'affaire remonte à 1996 et concerne une ancienne maîtresse d'un trafiquant de cocaïne colombien de Medellin.

Cette femme a reçu au total quelque 15 millions de dollars après la mort du trafiquant. L'argent devait assurer son avenir et celui de l'enfant qu'ils ont eu ensemble.

Trafiquant de moyenne importance

La justice a présumé que l'argent arrivé en 1991 à Lausanne pouvait avoir été généré, au moins en partie, par l'activité criminelle du trafiquant. Une ordonnance de séquestre a été délivrée en mars 1999.

L'enquête a été exceptionnelle par son ampleur, sa durée et sa complexité. Elle a établi que l'argent avait été initialement déposé, après une brève escale dans une banque anglaise, en juillet 1987 auprès d'une banque panaméenne avant de transiter dès février 1991 par plusieurs établissements suisses.

Fréquents voyages

Des contacts avec les autorités policières et judiciaires de nombreux pays et de très nombreux déplacements à l'étranger ont été nécessaires. Pas moins de cinq fois aux Etats-Unis, au Panama (trois fois), en Angleterre (trois fois) et en Colombie.

Au cours de la conférence de presse dans les locaux de la police, le juge d'instruction cantonal Jacques Antenen a presque exclusivement parlé de la problématique de la répartition des compétences entre cantons et Confédération. Il a espéré que ce genre d'enquêtes «puissent à l'avenir être instruites dans les cantons».

Défense des cantons

«Il faut laisser la bride aux cantons. Ces affaires sont très motivantes. Il n'y en a pas quinze dans votre carrière, c'est un plus. On en est relativement privé depuis» que la Confédération a concentré ces cas dans son giron.

Berne devrait se recentrer sur le terrorisme et les grands cas de criminalité organisée, a ajouté Jacques Antenen en faisant référence au rapport Uster sur la réorganisation des poursuites pénales fédérales.

Avant la loi anti-blachiment

Au final, rien de pénal n'a été retenu la bénéficiaire de l'héritage. Il n'a pas été prouvé qu'elle avait été intégrée dans l'organisation criminelle ni qu'elle ait véritablement connu l'origine partiellement délictueuse du patrimoine.

Les intermédiaires financiers en Suisse n'ont pas été poursuivis faute d'avoir eu les moyens de suspecter l'origine criminelle des avoirs. Ces derniers sont arrivés à Lausanne en mai 1991 alors que la loi sur le blanchiment d'argent n'était pas encore en vigueur.

De l'argent pour la police

M. Antenen n'a pas voulu révéler le nom de la banque lausannoise. Il a précisé que celle-ci avait proposé à sa cliente la création d'un trust de droit anglo-saxon pour que ces montants soient plus discrets et échappent notamment au fisc.

La conseillère d'Etat Jacqueline de Quattro, citée par le porte-parole de la police, a dit espérer qu'une partie des 8 millions reviennent à la police. Trois millions devraient en principe aller à un fonds de lutte contre la toxicomanie.

(ats)

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