Suisse: Drogue et orgies: des médecins s'alarment

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SuisseDrogue et orgies: des médecins s'alarment

Prendre des substances illicites et s'envoyer en l'air: cela s'appelle le «Chemsex». La pratique revient en force et inquiète les experts.

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vro/phi/dmz
La cocaïne est largement utilisée dans ces «fêtes».

La cocaïne est largement utilisée dans ces «fêtes».

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Une mode alarmante. C'est la définition que donnent les médecins britanniques au «Chemsex». Le but: consommer des drogues dures comme de la méthamphétamine ou du GHB et s'adonner à du sexe en groupe, parfois pendant plusieurs jours.

Sous l'influence de substances illicites, les participants ont tendance à ne pas se protéger. D'où un risque accru de transmission de maladies, telles que le VIH ou l'hépatite C. Les autorités du Royaume-Uni craignent une recrudescence des infections et tirent la sonnette d'alarme, révélait il y a peu «The Telegraph».

Jusqu'à l'inconscience

En Suisse aussi, cette tendance s'observe, selon Lars Stark, médecin-chef au centre d'études en addictologie (Arud) de Zurich. «Des amphétamines ou de la cocaïne sont consommées, ainsi que de l'alcool et du cannabis. Dans certains cas, les participants prennent du GHB, de la kétamine (aux effets proches du LSD) ou des poppers (vasodilatateurs). Le viagra est aussi régulièrement de la partie», explique-t-il.

Outre le risque de maladies sexuellement transmissibles, Lars Stark relève que les mélanges de drogues peuvent être très dangereux: «Cela rend les substances toxiques et dérègle le rythme cardiaque. Le GHB ou la kétamine peuvent aussi être la cause de pertes de conscience. Et les effets psychologiques peuvent être violents. Certaines drogues causent de l'anxiété, voire de la psychose», prévient le médecin.

Dépression et sautes d'humeur

Lars Stark a déjà eu affaire à des participants au «Chemsex». Il n'a jamais entendu parler d'orgies qui ont duré plusieurs jours, mais une nuit complète, oui. Leur but: enchaîner le plus de partenaires possible et tester des pratiques sexuelles qui sortent des sentiers battus. Et si ces gens ont, de manière générale, une vie bien rangée, tout peut basculer. «J'ai observé des cas de fortes déprimes et de troubles du comportement, qui peuvent apparaître quand la drogue ne fait plus effet.»

De son côté, Rainer Kamber, de l'association Santé sexuelle suisse, relève que la pratique existe depuis des années. Elle était particulièrement répandue dans les années 1980-1990, quand l'épidémie de VIH était à son paroxysme. Et son verdict est sans appel: «Ces fêtes sont malsaines à tous les égards. Mais le pire, c'est bien entendu le risque de maladie.» Selon lui, les participants à ces orgies sont des gens qui souffrent de dysfonctionnements psychologiques, comme la dépression: «C'est la seule façon d'expliquer ces comportements à risques.»

Depuis peu, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a étendu sa campagne anti-VIH aux aéroports. Un choix qui n'est pas dû au hasard: selon l'office, un tiers des nouveaux infectés l'a été à l'étranger. Les zones particulièrement sensibles sont l'Amérique latine, les Caraïbes, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique.

Hans-Jakob Furrer, médecin-chef au service d'infectiologie de l'Hôpital de l'Ile à Berne, confirme que la tendance est inquiétante. Il organise des consultations dédiées aux risques encourus lors de voyage et met en garde contre le VIH, «comme je le fais pour d'autres maladies, comme la malaria», explique-t-il.

Selon les derniers chiffres de l'OFSP, quelques 500 nouvelles infections ont été recensées en Suisse depuis le début de l'année. Il y en a eu 447 en 2014.

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