Vaud: Drôle de cadeau de Noël: être pris pour un jihadiste
Publié

VaudDrôle de cadeau de Noël: être pris pour un jihadiste

Suspecté d'être un terroriste, un Français de 37 ans a été arrêté puis relâché samedi. L'ex-chef de circulation des trains aux CFF va porter plainte.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le parking de loutlet avait connu une autre affaire en juillet 2017.

Le parking de loutlet avait connu une autre affaire en juillet 2017.

Stephane Romeu

«Nous étions sur l'aire de repos de l'autoroute en direction de l'Outlet d'Aubonne quand des policiers ont surgi de sept ou huit véhicules en pointant leurs armes.» A., un Français de 37 ans, son épouse et leurs trois enfants âgés de 4, 7 et 10 ans, voulaient acheter les cadeaux de Noël, samedi 23 décembre. Cette interpellation laisse supposer un couac de communication entre la Suisse et l'Espagne (lire l'encadré). La famille d'origine marocaine a passé plus de huit heures dans les locaux de la police vaudoise à Lausanne. «J'ai dit aux policiers qu'un jihadiste ne peut pas être chef de circulation des trains dans une des plus grandes gares de Suisse pendant des années», relève l'ex-employé des CFF.

«Je vais porter plainte. Sur le Net, mon image est associée au terrorisme. Sur le plan professionnel et social, je suis détruit», s'insurge le trentenaire. Son épouse aussi est écœurée. «La police nous a confinés dans une salle non chauffée de 11h à 19h. Les enfants n'ont même pas eu le droit de manger. Mon garçon de 4 ans a cru que les policiers allaient tuer ses parents sur l'autoroute. La nuit, il fait des cauchemars», s'indigne-t-elle.

Rappelons qu'en juillet 2017, le parking du centre commercial d'Aubonne avait été le théâtre d'une opération antiterroriste menée par la Police fédérale: l'affaire s'était vite dégonflée.

La Suisse lance l'affaire, l'Espagne l'enterre, Vaud la déterre

La police espagnole a lancé l'alerte sur Twitter le 21 décembre. Selon les renseignements suisses, un «jihadiste» était sur le point de commettre un attentat-suicide à Barcelone. A., qui ne se doutait de rien, a fait un aller-retour en Catalogne ce jour-là. «J'ai appris tout ça une fois chez mois, à Annemasse. Je me suis aussitôt rendu au poste de police pour lever tous les doutes. Le 22 décembre, deux agents espagnols se sont déplacés en France pour me voir. Ils ont vu que je n'avais rien d'un terroriste et m'ont dit que l'affaire était réglée.»

Montagne et souris

La Police fédérale dit avoir alerté Paris et Madrid «suite à des menaces, jugées sérieuses, proférées par une personne». Une enquête vaudoise est ouverte «pour menaces et tentative de contrainte». Licencié par les CFF en septembre, A. aurait eu des idées sombres. Le 21 décembre, il a pris un vol en aller simple pour Barcelone. «J'y étais pour récupérer ma voiture en panne en Catalogne.» Fedpol avait eu, apparemment, une autre lecture.

Ton opinion