Suisse: Du personnel d'Unia impliqué dans une fraude
Actualisé

SuisseDu personnel d'Unia impliqué dans une fraude

Deux employés du syndicat auraient perçu illégalement, avec des patrons de la construction, plusieurs millions de francs via des employés fictifs au chômage.

par
Christine Talos/ats
Des collaborateurs d'Unia sont soupçonnés d'escroquerie.

Des collaborateurs d'Unia sont soupçonnés d'escroquerie.

Keystone

Une vingtaine de patrons d'entreprises dans le domaine de la construction auraient été interpellés depuis le début de la semaine dans le canton de Vaud et plusieurs autres cantons, révèle jeudi 24 Heures. Ceci dans le cadre d'une vaste fraude qui implique également des collaborateurs du syndicat Unia.

Le quotidien vaudois détaille un système «bien rôdé». Des patrons déclaraient des entreprises en faillite, ne versaient plus de salaires à leurs employés durant quelques mois avant la faillite. Une fois celle-ci prononcée, les employés pouvaient alors recevoir de la Caisse cantonale de chômage vaudoise (CCC) des indemnités pour les salaires non payés. Hic: les employés au chômage étaient fictifs. Et les sommes versées par la Caisse étaient réparties entre les patrons et des collaborateurs d'Unia.

Depuis 2013

La Caisse aurait ainsi versé plusieurs millions de francs dans cette arnaque qui aurait débuté en 2013 et duré plusieurs années, explique 24 Heures. Qui explique que plusieurs personnes interdites de territoire ou n'ayant jamais travaillé pour les entreprises concernées auraient touché ainsi de l'argent.

La police cantonale vaudoise a confirmé jeudi les faits dans un communiqué et annoncé que le Ministère public du canton de Vaud conduisait une instruction. «Selon les éléments recueillis à ce stade, de très nombreux travailleurs auraient déclaré abusivement à la Caisse Cantonale de Chômage avoir été employés par ces sociétés afin de percevoir indûment des indemnités en cas d'insolvabilité consécutivement à la faillite de celles-ci», est-il précisé dans le texte.

La police évoque elle aussi un préjudice pouvant se monter à plusieurs millions de francs. Elle mentionne un syndicat, sans toutefois en citer le nom.

Réactions du syndicat

Le syndicat «ne tolérera pas» le comportement qui leur est reproché. Ils bénéficient toutefois pour l'heure de la présomption d'innocence. Unia veut faire «toute la lumière» sur les accusations et annonce qu'il coopérera «étroitement» avec les autorités. Le syndicat a publié un communiqué quelques heures après l'annonce par le Ministère public vaudois.

Unia indique que deux de ses collaborateurs font l'objet d'une enquête à cause d'irrégularités présumées en lien avec la gestion de l'argent provenant d'indemnités d'insolvabilité versées par la CCC. Le syndicat, qui dit avoir appris les accusations jeudi, ne dispose pas de davantage d'informations.

«Les deux personnes ont été immédiatement suspendues». Elles seront licenciées avec effet immédiat si les accusations se révèlent fondées, assure le syndicat. «Un tel comportement est inacceptable et n'est pas toléré par Unia».

Des doutes

Le chef du Département vaudois de l'économie Philippe Leuba a indiqué à l'ats que les collaborateurs de la Caisse cantonale de chômage ont eu «des doutes sur certaines pratiques» courant 2016 en découvrant «des éléments curieux». Le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO), organe de contrôle, a été avisé.

«D'entente avec le SECO, nous avons dénoncé les faits au Ministère public qui a instruit. Depuis, nous collaborons avec la justice, mais nous n'avons pas accès au dossier. Peut-être y a -t-il d'autres plaignants», a poursuivi Philippe Leuba.

Mesures d'exclusion

La Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE) a également réagi par voie de communiqué. «A notre connaissance, les membres coopérateurs de notre association patronale ne sont pas impliqués dans cette affaire».

«Si le contraire était avéré, nous prendrions les mesures d'exclusion nécessaires. Ces malversations confirment la nécessité d'une lutte acharnée contre le travail au noir et le phénomène des faillites multiples», ajoute la Fédération des entrepreneurs.

Ton opinion