Actualisé

Suisse«Du sprichst quelle langue, mamma mia?»

Une vidéo hilarante qui circule sur les réseaux sociaux montre les difficultés qu'on peut connaître en Suisse lorsqu'on ne parle pas la même langue que la personne qui est au bout du fil.

par
Daniel Romano

La scène se passe dans une voiture. Un Italien qui vit quelque part en Suisse allemande reçoit l'appel d'une personne qui souhaite lui racheter sa moto d'occasion, une Kawasaki noire.

Une conversation qui serait tout à fait ordinaire si les deux personnes parlaient la même langue. Mais l'acheteur ne parle que le français, tandis que le vendeur ne maîtrise que l'italien et le suisse allemand. Du coup, le dialogue prend une tournure aussi drôle que rocambolesque.

Dès le début de l'entretien téléphonique, les mots sont inventés. L'adjectif «noir» se transforme par exemple en «ner». Face à l'incompréhension de son interlocuteur, l'habitant d'outre-Sarine fait un effort et se lance dans une phrase qu'il pense être du français: «Tu n'aimes parler italien oder suisse?» propose-t-il.

Puis il mélange le suisse allemand et l'italien: «Willst du venire a guardare, a vedere?» demande-t-il, en mimant le fait de regarder la moto. Au moment de définir la date et l'heure du rendez-vous, la confusion est telle que le vendeur accepte tout bêtement la proposition de son interlocuteur accompagnée des rires de ses amis.

«Tip top!»

Avec plus de 100'000 vues et 1000 partages, cette vidéo illustre une situation que chaque Suisse a forcément déjà vécue en se promenant dans une autre région linguistique du pays ou en composant un numéro de téléphone sans maîtriser la langue de la personne qui répond.

«Il faut avoir au minimum une connaissance passive de l'idiome pour pouvoir communiquer, explique Amina Benkais-Benbrahim, déléguée à l'intégration des étrangers du canton de Vaud. Dans la vidéo en question, le jeune homme utilise des expressions comme «tip top», par exemple. Qu'elle soit romande, alémanique ou tessinoise, n'importe quelle personne comprendra alors que «tip top» signifie d'accord.»

Un problème de communication

Dans le cas de cette vidéo, le vrai problème concerne avant tout la communication, et non l'intégration. «Même un Suisse pure souche peut se retrouver dans la situation de ce jeune homme, explique Amina Benkais-Benbrahim. On ne demande déjà pas aux Suisses de parler français, allemand et italien, donc on ne peut pas demander à un étranger de le faire. Le migrant, lui, devra avant tout apprendre la langue de sa région d'accueil.»

Des solutions

Une telle situation pourrait être dramatique si le contexte était plus grave: accident, malaise, disparition d'un enfant, appel d'urgence en tous genres.

«Dans ces cas, nous proposons la solution des interprètes communautaires, explique Amina Benkais-Benbrahim. Ces personnes travaillent notamment avec la police ou le CHUV. L'objectif est de faciliter la communication et de se faire comprendre parfaitement.»

Malgré tout, dans une mesure d'intégration, l'apprentissage de la langue est ce qui doit être fait en premier, selon Amina Benkais-Benbrahim, qui évoque le système FIDE. Il s'agit d'un programme développé par l'Office fédéral des migrations sur mandat du Conseil fédéral. «C'est un projet portant sur l'intégration linguistique pour les migrants en harmonisant l'apprentissage du français, de l'italien ou de l'allemand, précise la jeune femme. On travaillera alors des mises en situation comme prendre rendez-vous chez le médecin, lui dire où on a mal, prendre son billet de train, ou, justement choisir une nouvelle moto.»

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!