Actualisé 29.03.2017 à 06:18

Philippines

Duterte est pour le retour à la dictature

Le président philippin estime que la démocratie n'arrive pas à résoudre les problèmes de la drogue, de la criminalité ou encore du terrorisme.

Rodrigo Duterte évoque la perspective d'un retour à une pratique de l'ère Marcos, à savoir la possibilité pour les forces de sécurité de procéder à des fouilles et à des arrestations sans mandat.

Rodrigo Duterte évoque la perspective d'un retour à une pratique de l'ère Marcos, à savoir la possibilité pour les forces de sécurité de procéder à des fouilles et à des arrestations sans mandat.

Trois décennies après l'effondrement de la dictature aux Philippines, le président Rodrigo Duterte propose un retour à l'autoritarisme afin de résoudre tous les problèmes que la démocratie n'a pas réussi à régler.

Dans une série de discours récents, Rodrigo Duterte a averti qu'il faudrait peut-être recourir à la loi martiale pour éviter à l'archipel de 100 millions d'habitants de sombrer dans l'anarchie du fait de la drogue, de la criminalité et du terrorisme.

Cette mise en garde réveille le spectre de la dictature de Ferdinand Marcos, qui fut renversé en 1986 par la révolution du «pouvoir du peuple» et met la pression sur des institutions démocratiques qui se reconstruisent lentement depuis lors.

«La situation aujourd'hui est celle qui se rapproche le plus d'une forme autoritaire de gouvernement depuis 30 ans», dit à l'AFP Jose Miguel Diokno, doyen du département de droit de l'Université De la Salle de Manille et avocat des droits de l'Homme. «Il y a tant de parallèles entre ce qu'il se passe aujourd'hui et ce qu'il se passait avant (sous Marcos)».

Parmi ces points communs, le climat de peur en partie dû à la guerre controversée contre la drogue menée par Rodrigo Duterte et qui a fait des milliers de morts depuis sa prise de fonctions voici neuf mois.

«La situation est similaire à l'époque Marcos, dans les deux cas, tout se fait sous la menace d'un fusil», juge-t-il.

L'ancien dictateur avait justifié l'autoritarisme par la menace posée par l'insurrection communiste, Rodrigo Duterte invoque la drogue et la criminalité, poursuit l'avocat.

Tests

Les familles des victimes ont peur de subir des représailles si elles se plaignent, et les dissidents subissent une politique d'intimidation, ajoute M. Diokno.

Cependant, tout comme le président américain Donald Trump et d'autres dirigeants populistes à travers le monde, Rodrigo Duterte peut s'appuyer sur une base de partisans déterminés.

Bon nombre de Philippins sont satisfaits de sa campagne de répression antidrogue.

C'est, pensent-ils, l'homme fort qu'il faut à l'archipel pour transformer de fond en comble un système politique profondément corrompu, et qui a contribué à l'un des plus grands fossés entre riches et pauvres d'Asie.

Le président philippin est en train de tester la solidité des institutions démocratiques du pays, estime pour sa part Ronald Mendoza, doyen de l'école de l'administration publique de l'Université Ateneo.

Cela pourrait se révéler une bonne chose en permettant d'identifier les fragilités et les forces du système, dit-il.

L'armée a par exemple réagi aux déclarations de Rodrigo Duterte en expliquant que la loi martiale était inutile, fait-il remarquer. L'armée a rejeté également les appels répétés de Rodrigo Duterte à ce qu'elle rejoigne les policiers dans la guerre contre la drogue.

La banque centrale est indépendante tandis que l'archipel dispose de médias pugnaces qui protègent la démocratie, souligne-t-il aussi.

Le Congrès et la police sont en revanche deux institutions qui ont montré leurs faiblesses depuis le début du règne de Duterte.

«Comme Marcos»

Mais les Philippins ne permettront par le retour d'un régime d'exception, juge-t-il. «Nous sommes bien plus forts qu'avant».

Sans parler de loi martiale, Rodrigo Duterte veut complètement chambouler les institutions pour en finir, grâce à la décentralisation et au fédéralisme, avec «Manille l'impérialiste». A l'instar de Donald Trump, il a présenté la capitale comme un repaire d'élites corrompues, un «marais» qui doit être asséché.

Il dispose de la majorité au Congrès et son projet fédéraliste ne devrait pas avoir de mal à passer.

Mais ses opposants craignent que des modifications de la Constitution, qui limite à un seul le nombre des mandats présidentiels, ne débouchent sur l'autoritarisme.

Rodrigo Duterte a aggravé leurs craintes en proposant d'annuler des élections locales et le retour de la Philippine Constabulary, une force conjointe police-armée qui était le principal outil de répression de l'opposition de Ferdinand Marcos.

Il a aussi évoqué la perspective d'un retour à une pratique de l'ère Marcos, à savoir la possibilité pour les forces de sécurité de procéder à des fouilles et à des arrestations sans mandat.

«C'est un processus brutal qui est l'affaire des militaires», a dit le président à ce sujet, disant à cette occasion être «exactement comme Ferdinand Marcos». (nxp/afp)

(NewsXpress)

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