«Astérix et Obélix au service de Sa Majesté»: Edouard Baer hérite du casque ailé
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«Astérix et Obélix au service de Sa Majesté»Edouard Baer hérite du casque ailé

Après Christian Clavier et Clovis Cornillac, c'est au tour d'Edouard Baer d'endosser le costume d'Astérix. Un défi qu'il relève avec lucidité.

par
Fred Ferrari

Comment avez-vous réagi quand on vous a proposé le rôle d'Astérix?

C'est arrivé comme une blague. Comme je connais bien Laurent (Tirard), je savais qu'il allait faire «Astérix». Je lui laissais de temps en temps un message en blaguant: «Es-tu prêt? Tu sais, je suis en train d'apprendre le gaulois ancien, je me suis fait pousser les ailes…». Il me propose toujours un truc dans ses films, je me demandais ce que ce serait. Je ne pensais pas à Astérix, pour des raisons physiques et économiques.

En fait, Laurent a commencé par blinder le casting avant de me proposer le rôle, alors même qu'il était en train d'écrire le rôle pour moi. Il a attendu 4 mois, d'être sûr que Depardieu puisse le faire, d'avoir Lemercier, Lucchini, etc. ! Après, il a pu dire «Voilà un casting important, le seul truc, c'est que je veux que ce soit Edouard qui joue Astérix». Une fois que les producteurs savent que le reste du casting est solide, ça passe mieux. On a fait des essais, ce qui est formidable, parce qu'au moins on sait qu'on est pris pour de bonnes raisons, parce qu'on joue bien.

Qu'est-ce qui est important pour vous dans le fait de jouer Astérix ?

Ce n'est pas seulement jouer Astérix, c'est aussi jouer un film de Laurent. Je crois que c'est le meilleur scénariste et metteur en scène de comédie en France actuellement. La grosse comédie populaire, c'est une spécialité dans laquelle on pêche un peu en France.

Avez-vous regardé à nouveau ceux qui vous ont précédé dans ce rôle, Christian Clavier et Clovis Cornillac?

Non. J'ai relu les BD, pour me rappeler le ton général. Chaque fois que j'essayais de chercher une voie différente, Laurent préférait que ce soit plus moi, que je joue les situations, la fraternité de comédie.

Comment ça se passe avec Gérard Depardieu?

Ça ne serait pas pareil si on avait fait le film sans Gérard. Il amène une vie, une excitation particulière sur le tournage. Ce n'est pas un endormi!

Et avec Catherine Deneuve?

Ecoutez, il y a une telle ambiance sur ce tournage, il y a des jours c'est vraiment le jardin d'enfants ! Les gens ne pensent pas qu'on puisse s'amuser comme ça. Aujourd'hui, c'est assez particulier, il pleut, on est tous planqués comme des vieilles. Mais sinon on ne rentre quasiment pas dans nos loges. Donc forcément, Catherine Deneuve a été surprise. Elle a accepté parce qu'il y n'a pas d'autre défi que le plaisir. Elle n'a rien à prouver. Ils ont même fait des tasses à son effigie comme pour le mariage de Kate et William…

Jouer un personnage de BD, est-ce comme jouer un autre personnage?

Oui, parce que je ne veux pas jouer le dessin. Dans une bande dessinée, il y a Goscinny et Uderzo. Uderzo dessine et Goscinny est auteur. Moi je joue le texte. Je ne joue pas le dessin. Je joue l'esprit, pas la lettre. Je crois peut-être que Clovis avait essayé ça, mais je pense qu'à partir du moment où on passe à un personnage vivant, par définition c'est autre chose qu'un personnage de bande dessinée à l'arrêt.

Ce qui est intimidant aussi, c'est de jouer des films avec un tel budget. Il faut essayer de l'oublier, de faire rire Laurent et nos premiers spectateurs qui sont l'équipe, et être content de jouer. Gérard a un tel plaisir à jouer ce rôle-là. Il continue à jouer de tout, mais je pense que les rôles d'enfance, de naïveté, sont ceux qu'il a le plus de plaisir à jouer encore aujourd'hui au cinéma. Quand il joue les imbéciles heureux comme Obélix, c'est comme s'il avait un petit papillon dans la tête. Et c'est merveilleux de jouer avec quelqu'un qui joue ça.

Quel genre de défi représente ce rôle?

Je ne sais pas lequel (rires), mais oui, c'est un défi. Parce qu'au fond ça s'appelle Astérix quand même. Et Astérix, c'est bibi! C'est le mec qui raconte l'histoire quand même. C'est lui le moteur.

Qu'est-ce qui change dans un tournage en 3D?

C'est très long. Il faut faire des réglages plus longtemps, parce qu'il y a deux caméras à régler à chaque fois. Donc il faut avoir de la patience, il faut être curieux de ce qui se passe, et il faut avoir de bons camarades. De ce côté-là, on est plutôt bien servi!

Comment trouverez-vous les premiers rushes?

Je regarde des petites choses techniques… Les rôles déguisés, c'est emmerdant parce que c'est long au maquillage, il faut que ce soit hyper précis parce qu'en 3D on voit le moindre détail de collage de glu. Mais ensuite il n'y a pas à s'interroger mille fois. Que je le veuille ou non, je suis Astérix, c'est comme ça. Ils ont fait une bonne tête, je trouve que ma tête est réussie.

Et la moustache…(Rires) Je fais la blague à Laurent chaque matin : dis-moi, j'ai pensé à un truc, Laurent, est-ce que dans cette scène-là Astérix n'a pas oublié sa moustache au restaurant, ou il ne la met pas. ..

Vous qui avez tourné avec Laurent Tirard à ses débuts, comment percevez-vous son évolution?

- Peut-être qu'il est un peu plus sûr de lui. En tout cas, ça m'épate qu'on mène des bateaux comme ça, calmement, sur 4 mois, avec tous les impondérables. Et de temps en temps on doit être un peu insupportable! Gérard c'est une fantaisie, une folie sur un plateau! Le côté zen de Laurent me stupéfie. Forcément un réalisateur, c'est à la fois un chef d'entreprise, qui peut diriger 400 personnes, et un peintre seul devant sa palette. Et c'est merveilleux quand on arrive à enlever la pesanteur, le poids d'une grosse machine qui pourrait tuer la fantaisie.

Bon il y a des jours on ne sait plus, on ne sait plus où on est. Moi j'ai renoncé à avoir une vision d'ensemble. Le reste, c'est une question de confiance.

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