Ski freeride: Elisabeth Gerritzen, l'abonnée aux 3es places qui en voulait plus
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Ski freerideElisabeth Gerritzen, l'abonnée aux 3es places qui en voulait plus

La Lausannoise sait le privilège qu'est le sien d'avoir pu s'entraîner normalement. Alors que débute le Freeride World Tour vendredi, elle veut en être digne.

par
Florian Vaney
Sébastien Anex/VQH

Ce sera forcément l'un des gros sujets de discussion du Freeride World Tour qui approche: la disparité des conditions d'entraînement en fonction des nationalités des athlètes et des restrictions appliquées dans leur pays. Non, tout le monde ne se présente pas à la grand-messe de ski freeride sur un pied d'égalité. Certains ont pu se préparer comme d'habitude ou presque, d'autres ont dû jongler. Un problème? Elisabeth Gerritzen nuance d'entrée. «La gagnante ne sera pas la plus affûtée, mais la meilleure mentalement. C'est ma théorie, du moins.»

Et la Lausannoise s'en explique. «Les skieuses retenues pour le World Tour sont toutes très proches l'une de l'autre si on compare ce qu'elles savent faire. Ce qui les départage, c'est leur confiance, leur façon d'oser le jour J.» Intéressant. Surtout, cela ouvre la porte à un paradoxe. Elisabeth Gerritzen a pu s'entraîner à Verbier, sur un domaine skiable ouvert au public. Elle fait donc partie des «privilégiées», là où d'autres ont dû monter à la force de leur corps les pentes qu'elles entendaient descendre par la suite. Voilà qui pourrait donc lui ajouter une certaine pression sur les épaules. Celle d'une sorte de favorite. Elle ne s'en détourne pas, d'ailleurs.

Privilège et paradoxe

«C'est vrai, on peut voir ça comme un privilège. Je me rends bien compte que toutes n'ont pas eu ma chance. Certaines ont peut-être dû voyager. D'autres ont été obligées d'enchaîner descentes et randonnée. Ça n'a rien à voir avec une montée en télésiège ou en cabine. C'est comme si je devais être digne de ce qui m’arrive, ou rendre ce qu’on m’a donné. C’est aussi une forme de pression.» Même si, là encore, il convient de nuancer, l'hiver ne s'étant pas écoulé tel un long fleuve tranquille sur nos montagnes et les abondantes chutes de neige ayant plus d'une fois rendu la pratique du freeride trop dangereuse.

«C’est un peu comme si je devais être digne de mes conditions d’entraînement, rendre ce qu’on m’a donné.»

Elisabeth Gerritzen

Quoi qu'il en soit, personne ne va se plaindre de la tenue du World Tour. Surtout pas les athlètes. «Mon sentiment, c'est que je suis très impatiente d'en découdre, de retrouver tout le monde et de me mesurer aux meilleures. J'ai l'impression de ne pas être la seule. On a été privées de compétition si longtemps, on attend ça depuis une année.»

Augmenter la prise de risques

«Ça», ce sont des épreuves sans doute plus indécises que jamais. «On navigue en plein flou, on n'a aucune idée d'où se situent les autres, appuie Elisabeth Gerritzen. Nos seules références, ce sont les posts de chacun sur les réseaux sociaux.» Le flou concerne aussi la tenue des compétitions en elles-mêmes. Trois manches devraient avoir lieu pour sûr. La première dès vendredi à Ordino Arcalis, en Andorre, la deuxième en Autriche, à Fieberbrunn, et le final à Verbier du 20 au 28 mars. Mais puisque le Japon et le Canada ont dû retirer leur participation, les étapes 4 et 5 pourraient se disputer sur deux des trois premiers sites, selon les conditions.

À 25 ans, forte de brillants résultats ces dernières années, Elisabeth Gerritzen pourrait bien vivre «son» année. Mais elle ne le dit pas. Ce qu'elle dit, par contre, c'est que les troisièmes places ne lui conviennent plus. «Je suis abonnée, sourit celle qui en a raflé trois en 2020. Je crois que c'est la place la plus ingrate possible. Je ne sais pas si on peut dire que j'ai progressé depuis l'année dernière, mais j'ai en tout cas l'intention de prendre plus de risques.» Pour goûter à nouveau aux émotions de sa victoire à l'Xtreme de Verbier, en 2019.

«On navigue en plein flou.»

Elisabeth Gerritzen

Les Suisses en lice au Freeride World Tour

Ski hommes: Carl Renwall; Yann Rausis

Ski femmes: Elisabeth Gerritzen; Maude Besse

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