Tessin: Elle a grillé toutes ses économies pour faire fuir le mauvais œil
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TessinElle a grillé toutes ses économies pour faire fuir le mauvais œil

Piégée puis dépouillée par un escroc se présentant comme un sorcier africain, une habitante de Lugano raconte son calvaire.

par
joc
La Tessinoise a tout perdu dans cette arnaque.

La Tessinoise a tout perdu dans cette arnaque.

Image d’illustration

Elle voulait faire disparaître la négativité, autrement dit ce qu’on appelait autrefois le mauvais œil. Une habitante de Lugano a perdu toutes économies, piégée par ces organisations criminelles qui se déplacent avec agilité entre la France et l’Afrique. L’objectif de ces escrocs est simple: soutirer le plus d’argent possible à leurs victimes, des personnes facilement influençables. N*, 60 ans, est tombée dans le piège. Elle raconte son calvaire à nos confrères de tio/20minuti.

Au printemps 2019, la Tessinoise est contactée par le «Professeur», une sorte de sorcier africain établi à Paris. «Je me suis confiée à lui par l’intermédiaire de WhatsApp. Il m’a dit que mon malheur était une conséquence de cette aura négative dont il pouvait me libérer», raconte-t-elle. Convaincue que ce «Professeur» peut l’aider à résoudre ses problèmes, N se met en route pour la capitale française.

Un tour de passe-passe sous la douche

Une fois sur place, rien ne se passe comme prévu. Aucune chambre d’hôtel n’a été réservée à son nom, et son prétendu sauveur ne se présente pas au premier rendez-vous. «Deux hommes de main arrivent à sa place», témoigne la sexagénaire. Sans s’en rendre compte, N. se laisse embrigader par ces escrocs, qui lui en mettent plein la vue par ce qui semble être un simple tour de passe-passe. «Ils m’ont conduite sous la douche avec mon chien dans les bras. Puis ils ont ouvert l’eau. De ce pauvre animal, j’ai commencé à voir jaillir du sang. À ce moment-là, je n’ai rien compris», témoigne la Tessinoise.

N. explique qu’elle n’a constaté aucune blessure sur son chien par la suite, mais que sa peur l’empêchait de raisonner correctement. «Ils m’ont dit que ces forces négatives venaient de quelqu’un qui voulait ma mort. Ils m’ont donc demandé une somme d’argent importante pour un rituel censé m’en libérer», confie N. Pour la sexagénaire, c’est le premier d’une longue série de passages à la banque. Le 13 juin 2019, elle retire 25’000 francs à l’UBS à Genève. «Le «professeur» s’est chargé de trouver un chauffeur pour m’emmener à la banque et me ramener», précise la victime.

Entre juin et fin juillet 2019, la Tessinoise effectue une quinzaine de retraits, persuadée que tout cet argent sert à la concoction d’un remède chassant le mauvais œil. Lorsqu’elle tente de se distancier du groupe, la situation se tend: «Je n’ai pas été kidnappée, mais c’était tout comme. Quand j’ai exprimé le désir de partir, j’ai reçu des coups de ceintures et de pied… De plus, j’ai été menacée de représailles. Je pleurais tout le temps, j’étais psychologiquement brisée», explique la Luganaise.

250’000 francs pour être libérée

La liberté de la sexagénaire a un prix: elle débourse 250’000 francs pour être «délivrée» de ces escrocs. «Ils ont réussi à me prendre jusqu’au dernier centime», confie-t-elle. Une fois cette somme astronomique versée, la Tessinoise est larguée à 3h du matin à Annemasse, seule et sans un sou en poche. N. parvient à trouver une gendarmerie et porte plainte. «Ils m’ont déjà prévenue que je ne reverrai pas un franc de ce que j’ai donné à ces gens», souffle-t-elle.

Après une journée d’errance à Annemasse, N. tombe sur un gentil chauffeur de taxi qui l’aide à regagner Genève. Là, elle trouve un autre chauffeur qui accepte de la ramener jusqu’à Lugano, avec la promesse qu’elle le paiera une fois arrivée à bon port. Il me restait encore quelque chose à la maison. Le coût du trajet? 1300 francs, raconte la Tessinoise.

Ruinée et désespérée, N. a choisi de raconter son histoire dans l’espoir d’éviter à d’autres potentielles victimes de traverser le même cauchemar. «J’en suis venue à penser à m’ôter la vie. Mais pour ces gens, cela n’en vaut pas la peine.», conclut-elle.

*Nom connu de la rédaction

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