Yverdon-les-Bains (VD) – «Elle a utilisé cette fausse grossesse pour faire pression sur lui»
Publié

Yverdon-les-Bains (VD)«Elle a utilisé cette fausse grossesse pour faire pression sur lui»

Accusée d’avoir fait chanter et d’avoir extorqué de l’argent à son ancien amant, une quadragénaire a comparu lundi devant le Tribunal d’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.

par
Lauren von Beust
Image d’illustration.

Image d’illustration.

Getty Images

«Elle rivalise d'imagination pour piéger les hommes. Le mensonge est plus qu'un mode de communication chez la prévenue, c'est un rituel, un art de vivre», a martelé, excédé, le procureur Gabriel Moret lors de son réquisitoire. Lundi, le Tribunal d'arrondissement de La Broye et du Nord vaudois se penchait sur une affaire où il était question d’argent et d’avortement.

Après avoir entretenu une relation extraconjugale avec Zahra* pendant plusieurs mois, Christophe*, marié et père de famille, a mis un terme à leur liaison en mai 2020. Mais quelques jours plus tard, la quadragénaire d’origine camerounaise lui a annoncé qu’elle était enceinte de lui et qu’elle souhaitait garder le bébé.

Le cadre supérieur vaudois, qui frôle la soixantaine, a voulu que son ancienne maîtresse mette un terme à sa grossesse. Un acte que cette éducatrice de profession a monnayé: au total, le plaignant lui a versé près de 235’000 francs, échelonnés sur plusieurs semaines. Sans savoir si la grossesse a bien existé, sachant que, à ce jour, le flou perdure sur ce point. Selon l’acte d’accusation, elle exigeait de lui toujours davantage d’argent, jusqu’au moment où celui-ci a commencé à avoir de sérieux doutes.

«Contrat qui ne relève pas du pénal»

«Ce n'est pas à ma cliente de prouver qu'elle était enceinte, mais à l'accusation de prouver qu'elle ne l'était pas», a lancé l’avocate de la défense, Me Laurence Brand Corsani, avant de rappeler l’existence d’un test de grossesse positif retrouvé au domicile de la prévenue lors de la perquisition, ainsi qu’une photo dans son portable, sur laquelle Zahra affichait un ventre rond de trois mois.

Pour l’avocate fribourgeoise, qui considère qu’une intervention a eu lieu au Cameroun au quatrième mois de grossesse, il s’agit là d’«un contrat passé entre les deux parties: procéder à un avortement contre la remise d’une somme d’argent», et le plaignant «était disposé à en payer le prix». «Le contrat n’est certes pas éthique, mais il ne relève pas du pénal», a poursuivi l’avocate, qui a demandé au tribunal de libérer sa cliente de tous les chefs d’accusation qui pèsent contre elle.

Déjà condamnée pour des faits similaires

Tant pour le procureur Gabriel Moret que pour l’avocate du plaignant, la grossesse et l’avortement n’ont jamais existé. «Si contrat il y avait eu à la base, elle savait à l'avance qu'elle ne voulait pas le respecter, donc on est dans l'escroquerie», a affirmé Me Emmeline Bonnard, qui reconnaît ici un modus operandi déjà utilisé: «Gruger ses victimes et leur soutirer de l’argent». Zahra a en effet été déjà condamnée plusieurs fois pour des faits similaires.

En refusant d’en passer par des virements bancaires ou de signer un papier attestant avoir reçu de l’argent, «la prévenue a dépouillé le plaignant sans aucun scrupule», sans compter qu’elle entendait mettre encore la main sur 120’000 francs supplémentaires, a lâché le représentant du Ministère public. Ce dernier a plaidé l'escroquerie par métier et le blanchiment d'argent, réclamant une peine privative de liberté de 30 mois ferme, plus une peine pécuniaire. Le procureur a également demandé que la ressortissante africaine soit expulsée de Suisse pendant 8 ans.

L’avocat de la victime a emboîté le pas au Parquet sur la plupart des réquisitions. Me Emmeline Bonnard a toutefois rajouté le chantage et l’extorsion par métier, estimant que le fait qu’il y ait eu grossesse et avortement ou pas ne changeait rien à la donne. Pour l’avocate vaudoise, l’accusée, qui avait déjà avorté par le passé, «a utilisé cette fausse grossesse pour faire pression» sur son client; la tromperie à l’appui de la menace.

«Lui et moi, on se connaît depuis 2014, est-ce que j’aurais attendu cinq ans pour faire ça? Non», a conclu la prévenue, au bord des larmes. Le verdict est attendu ces prochains jours.

*Prénoms d’emprunt.

Ton opinion