France - Elle dit entendre la Vierge: une femme gourou jugée à Dijon
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FranceElle dit entendre la Vierge: une femme gourou jugée à Dijon

Depuis 1996, Éliane Deschamps prétend voir la Vierge Marie tous les 15 du mois à 00h06.

Éliane Deschamps fonde en 1999 près de Dijon un groupe de prière, «Amour et Miséricorde».

Éliane Deschamps fonde en 1999 près de Dijon un groupe de prière, «Amour et Miséricorde».

Image d’illustration/Pixabay

Après près de vingt ans de procédure, Éliane Deschamps, qui dit entendre la Vierge tous les 15 du mois à 00h06, sera jugée à Dijon à partir de lundi pour abus de faiblesse dans le cadre de dérives sectaires. Cette femme de 62 ans, surnommée «la servante» ou la «voyante» par ses adeptes, dit avoir vu la Vierge Marie pour la première fois dans la nuit du 15 au 16 août 1996 dans une forêt, à 00h06. Elle affirme depuis que cette apparition se reproduit tous les 15 du mois, à la même heure.

En 1999, elle fonde près de Dijon un groupe de prière, «Amour et Miséricorde», aujourd’hui installé dans un village du Jura. En 2002, de premières plaintes sont déposées par des proches d’adeptes mais un non-lieu est rendu en 2007. D’autres plaintes suivent cependant, évoquant une manipulation mentale qui conduirait les membres du groupe à rompre tout lien avec leur famille.

Une nouvelle enquête est alors ouverte. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) évoque dans un rapport de 2008 des «comportements constitutifs de dérives sectaires» et «un processus d’emprise, de rupture avec l’environnement familial et social et de pressions financières».

«Elle dit que Jésus prend possession de son corps»

«Elle dit que Jésus prend possession de son corps et qu’il lui dit que les adeptes doivent se détacher du bien qui leur est le plus cher, mais c’est un prétexte pour se faire servir par les adeptes», explique à l’AFP Magali Breux, la fille de la fondatrice de la communauté qu’elle a quittée en 2006 après y avoir passé dix ans, de ses 15 ans – jusqu’à ses 25 ans. «Les adeptes donnaient leurs bijoux, des tableaux… On ne pouvait pas s’enrichir sauf de la parole de Dieu donc on versait une pension tous les mois à Éliane, de 300 à 350 euros. Oui bien sûr qu’il y a une emprise», assure-t-elle.

«Il n’y a pas d’emprise», assure en revanche Didier Pascaud, avocat d’Éliane Deschamps, qui comparaît avec son complice présumé Daniel Delestrac. «Il n’y a rien dans ce dossier», ajoute-t-il pointant une procédure «ubuesque», qui dure depuis vingt ans. «Il n’y a aucune conséquence sur la santé morale et physique des plaignants», assène l’avocat, qui demandera la relaxe.

«Nous attendons quant à nous que les prévenus soient mis hors d’état de nuire», souligne Aleth Saint-Hillier, présidente de l’Association pour le dialogue et la réconciliation, qui regroupe des victimes présumées. «Mon fils, âgé de 45 ans, est engagé dans ce groupe depuis 20 ans et je ne l’ai pas vu depuis 15 ans», déclare-t-elle. Une dizaine de plaignants seront représentés au tribunal correctionnel de Dijon pour ce procès qui doit s’achever mardi

(AFP)

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