Actualisé 05.05.2020 à 17:33

GenèveElle est acquittée: le défunt roulait trop vite

La justice a blanchi une aînée qui avait percuté mortellement un motard. Celui-ci circulait très au-dessus de la limite autorisée.

de
David Ramseyer
Le choc fatal est survenu à la sortie de cette station de lavage, sur la route de Vernier (GE).
Le choc fatal est survenu à la sortie de cette station de lavage, sur la route de Vernier (GE).Google

Une vitesse effective de 118 km/h, mais une limitation à 60 km/h: ces deux chiffres ont constitué le socle du verdict rendu ce mardi par le Tribunal de police. Celui-ci a acquitté une automobiliste âgée, prévenue d’homicide par négligence et de conduite malgré une incapacité. Il y a cinq ans, elle avait été impliquée dans un accident qui avait coûté la vie à un motard (cf. encadré ci-dessous).

La juge a estimé que les manœuvres de la conductrice qui ont précédé la collision mortelle étaient «autorisées». Ensuite, la femme n’avait certes pas la priorité, a reconnu le tribunal; «mais il lui était difficile, voire impossible, d’apprécier correctement la situation. Elle ne pouvait pas s’attendre à voir surgir un motard à une telle vitesse». Selon la justice, ce dernier s’est «mis lui-même dans l’impossibilité de réagir de manière adéquate; et ce, en raison de son excès de vitesse massif», qui plus est alors que le trafic était dense.

Par ailleurs, si la retraitée était sous l’emprise de médicaments contenant de la codéine, le lien entre ce produit et sa supposée incapacité de conduire n’est pas établi, a jugé le tribunal. Selon lui, le doute profite au final à l’accusée.

Manoeuvres fatales

Il est environ 19h, ce 25 mai 2014, lorsque S. rentre chez elle. Sur la route de Vernier, l’automobiliste - âgée de 77 ans au moment des faits - veut faire demi-tour. Elle monte sur un trottoir, s’engage en marche arrière dans l’allée d’une station de lavage, avant de se réengager sur la route à quatre voies. C’est là que surgit la victime, au guidon de sa moto. P. roule à près du double de la vitesse autorisée. Le choc est fatal au motard, un père de famille âgé de 33 ans.

Les représentants de la prévenue, absente du procès en raison de son état de santé, se sont dits soulagés. «Nous craignions que, face à la famille, le tribunal ne se laisse submerger par la légitime émotion suscitée par le décès d’un être cher, avouent Me Robert Assaël et Me Daniel Kinzer. Mais la juge n’a été guidée que par le droit, qu’elle a parfaitement appliqué.»

Autres motifs de satisfaction pour les défenseurs de l’aînée: la justice a reconnu que leur cliente «était parfaitement apte à la conduite, qu’elle n’a commis aucune faute ou imprudence, et qu’elle ne pouvait s’attendre à ce qu'un motard roule à une vitesse folle». Les avocats tiennent par ailleurs à souligner que S. «ressent toujours beaucoup de tristesse et d’empathie pour la famille» du défunt.

Appel probable

L’avocat des proches du motard décédé s’est quant à lui déclaré «choqué» et «scandalisé» par le verdict. «Selon mes clients, il suffisait de voir la prévenue pour comprendre qu’elle n’était plus capable de conduire.» Me Timothée Bauer estime que la vitesse excessive du défunt au moment du choc n’était «pas forcément délibérée», mais pouvait être due à une tentative d’éviter la voiture, comme l’a souligné un expert. Par ailleurs, «les fautes au pénal ne s’annulent pas», insiste l’homme de loi. En clair, selon lui, ce n’est pas parce que le motard décédé roulait trop vite que cela absout la prévenue de son manque présumé d’attention au moment de sa manœuvre. L’avocat du défunt estime ainsi qu’il y a de «fortes chances» que ses clients fassent appel de la décision du tribunal.

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