Vaud - «Elle m’a dit qu’elle ne me traiterait plus tant que je ne serais pas vaccinée»
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Vaud«Elle m’a dit qu’elle ne me traiterait plus tant que je ne serais pas vaccinée»

Une médecin généraliste de la Riviera refuse désormais de suivre des patients qui n’ont pas reçu la piqûre contre le Covid-19. Une Vaudoise déplore ne pas en avoir été informée avant la consultation.

par
Lauren von Beust
Pixabay

Justine* s’est rendue chez sa médecin généraliste de la Riviera en milieu de semaine. Cette Vaudoise assure qu’il ne s’agissait pas de sa première visite dans ce cabinet depuis l’apparition de la pandémie. Pourtant, lors de sa dernière consultation, alors que la généraliste l’a «déjà examinée», la discussion divague et débouche sur la question qui fâche. «Mais vous êtes vaccinée contre le Covid?» lui a-t-elle demandé. Ce à quoi la patiente a répondu par la négative, expliquant qu’il s’agissait d’«un choix personnel» et que ce n’était pas l’objet de sa visite. «Elle a changé d’humeur d’un coup, en m’affirmant soudain qu’elle ne prenait pas en charge les personnes non vaccinées dans son cabinet, relate Justine. Elle m’a rendu mon dossier puis m’a dit qu’elle ne me traiterait plus tant que je ne serais pas vaccinée.»

Repartie sans ordonnance

Surprise au premier abord, puis fâchée avec le recul, la patiente déplore de ne pas avoir été clairement informée de la politique en vigueur dans le cabinet avant la consultation. Pour elle, cet épisode est «inacceptable»: «J’aurais voulu être traitée avant mon départ prochain en vacances, sans compter que j’ai dû prendre congé pour me rendre à ce rendez-vous. Ça me retarde…» regrette celle qui est repartie sans son ordonnance médicale. Justine en a informé le service du médecin cantonal.

De son côté, la généraliste confirme refuser la prise en charge de personnes qui ne présentent pas la preuve de leur vaccin contre le Covid-19, et ce depuis plusieurs mois. Cette professionnelle de la santé explique être «en contact permanent avec des personnes fragiles» et qu’elle-même n’est «plus toute jeune». «Je me protège moi-même et protège mes patients. J’ai fait ce choix par prudence, pour ne pas introduire le germe dans le cabinet», confie-t-elle, tout en avouant avoir vu sa clientèle se réduire drastiquement pour cette raison. Mais elle reconnaît ses torts dans cet épisode: «J’ai fait une erreur. J’aurais dû en informer la patiente avant la consultation.»

«Situation exceptionnelle»

Le président de la Société médicale de la Suisse romande (SMSR), Philippe Eggimann, se dit «surpris, pour ne pas dire un peu choqué de ce refus». Il rappelle qu’«en dehors des situations d’urgence, ou lorsqu’il est fait appel à un médecin de garde, la relation entre un médecin – qui engage sa responsabilité – et son patient relève du domaine strictement privé. Il n’y a pas d’obligation d’accepter de traiter un patient.» Le président de la SMSR cite par exemple certains «gynécologues refusant de faire des interruptions volontaires de grossesse.»

Si la généraliste qui exerce sur l’arc lémanique dit connaître d’autres collègues pratiquant la même politique dans leur cabinet, Philippe Eggimann déclare que «quels que soient les motifs de refus de prise en charge, cette situation demeure toutefois exceptionnelle». Il confirme aussi qu’un médecin doit en faire part au patient lors de la prise de rendez-vous ou du moins l’en informer avant la consultation, et informe que «dans tous les cas, lorsqu’un patient n’est pas satisfait de l’attitude d’un médecin, il peut saisir la Commission de déontologie ou s’adresser au médecin cantonal.»

Annoncer la couleur

En mai dernier, un physiothérapeute de Denges (VD) avait choisi d’afficher une pancarte dans sa salle d’attente annonçant clairement qu’il ne traiterait plus, dès le 1er juillet, ses patients de plus de 75 ans refusant de se faire vacciner contre le Covid-19. Un moyen notamment pour le professionnel d’inciter sa clientèle à la piqûre.

À la limite de la déontologie

Non loin de Bruxelles, en Belgique, un médecin a aussi refusé de suivre une jeune femme qui n’avait pas été vaccinée contre le coronavirus, rapportait en début de semaine «lematin.ch». Un choix pleinement assumé par celui qui ne veut pas que ses patients puissent transmettre le virus à d’autres personnes dans sa salle d’attente. La jeune femme refoulée à l’entrée du cabinet comptait, elle, porter plainte devant l’Ordre des médecins. Benoît Dejemeppe, président dudit conseil national, a jugé la pratique du professionnel de la santé à la limite de la déontologie.

* Prénom d’emprunt

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