Zurich/Caracas: Elle milite depuis la Suisse, elle est arrêtée au pays
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Zurich/CaracasElle milite depuis la Suisse, elle est arrêtée au pays

Le voyage d'une Zurichoise au Venezuela a viré au cauchemar. Interpellée pour ses opinions hostiles au pouvoir en place, elle risque de passer plusieurs années en prison.

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dmz
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Steyci Escalona, installée à Dübendorf, était partie passer les Fêtes dans son pays d'origine.

Steyci Escalona, installée à Dübendorf, était partie passer les Fêtes dans son pays d'origine.

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Elle a été arrêtée le 11 janvier. On lui reproche d'avoir volé du matériel militaire et des actes de rébellion.

Elle a été arrêtée le 11 janvier. On lui reproche d'avoir volé du matériel militaire et des actes de rébellion.

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Gilbert Caro (à droite), un des plus farouches opposants au président Maduro, a été arrêté avec elle.

Gilbert Caro (à droite), un des plus farouches opposants au président Maduro, a été arrêté avec elle.

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Steyci Escalona et son mari David* vivent dans l'incertitude depuis le 11 janvier. Cette trentenaire vénézuélienne installée à Dübendorf (ZH) est partie le 22 décembre dernier passer les Fêtes au pays. Elle croupit désormais en prison. Son crime? Militer depuis la Suisse, où elle a épousé un Helvète pure souche, contre le pouvoir en place au Venezuela (lire encadré).

Steyci est partie chargée de victuailles et de médicaments rejoindre ses proches. Ces derniers se sont installés depuis peu en Colombie, à quelques kilomètres de la frontière avec leur pays d'origine. Comme beaucoup, ils ont fui les privations imposées par le régime socialiste. Les supermarchés et les pharmacies sont vides et les files d'attente interminables, écrit le «Tages-Anzeiger».

La Zurichoise a passé la douane avec le député Gilber Caro, du parti d'opposition Voluntad Popular (volonté populaire). La formation ne veut pas attendre les prochaines élections pour déboulonner le président Maduro. A force de manifestation, elle compte sur la pression de la rue pour le faire plier. Le chef de file de Voluntad Popular, Leopoldo Lopez, a été condamné il y a peu à 14 ans de prison pour complot et incitation à la violence.

Arrêtés au retour

Gilber Caro et Steyci ont été arrêté le 11 janvier, après avoir passé la frontière dans l'autre sens, lors d'un contrôle de police dans le centre du pays. Selon l'acte d'accusation, des armes et des explosifs ont été retrouvés dans la voiture. La Zurichoise a été placée pour un mois et demi en détention provisoire, pour vol de matériel militaire et rébellion. Elle attend de passer devant la justice militaire. Elle risque 28 ans de prison.

Son mari David fait ce qu'il peut pour lui venir en aide. Il a contacté le Département fédéral des affaires étrangères, «qui ne peut rien faire pour lui étant donné que sa femme n'est pas suisse.» L'ambassade de Suisse à Caracas lui a promis de se renseigner auprès des autorités locales. Mais il se peut que la réponse vienne dans plusieurs mois, voire jamais.

Surtout que l'ambassade du Venezuela en Suisse joue la carte de l'ignorance. Silvio Fernandez, son premier secrétaire, déclare au quotidien alémanique avoir «eu connaissance du cas par les médias». Pour lui, il faut toutefois préciser qu'«il n'y a pas de prisonnier politique au Venezuela, seulement des politiciens emprisonnés pour des crimes avérés pour lesquels ils ont été équitablement jugés.»

Police corrompue

Un avis que ne partage pas Theresly Malave, avocate de Steyci. Selon elle, les forces de l'ordre ont sans doute placé elles-mêmes les armes dans la voiture. «Ce n'est pas rare que cela arrive au Venezuela. Avant d'être arrêtés, ils ont passé plusieurs barrages routiers sans problème, précise-t-elle. De plus, les explosifs ont été retrouvés dans les sièges arrière. Cela veut dire que Steyci aurait voyagé assise sur des bombes.» Par ailleurs, l'avocate réclame que la Zurichoise et le député soient jugés par un tribunal civil.

Le vrai crime de Steyci, c'est son engagement politique. Depuis la Suisse, elle a participé à plusieurs manifestations anti-Maduro. Elle a rencontré la femme de Leopoldo Lopez à Genève et a voyagé avec une délégation vénézuélienne à Bruxelles, où elle a remis une pétition à des parlementaires européens.

* Prénom d'emprunt

Des centaines de prisonniers

Selon les organisations de défense des droits de l'homme, une centaine de personnes sont en prison au Venezuela, en raison de leurs opinions politiques. Six d'entre elles ont été libérées pour le Nouvel-An, mais Amnesty International dénonce déjà une nouvelle «chasse aux sorcières.»

En l'espace de 72 heures, trois autres dissidents en plus de Steyci et de Gliber Caro, auraient été interpellés. Le gouvernement Maduro a créé il y a peu un commando anti-coup d'État. Elle est dirigée par Tarek El Aissami, vice-président depuis janvier 2017. Son père, un Syrien, était connu pour avoir été proche de Saddam Hussein.

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