Actualisé 04.08.2009 à 15:30

SoudanElle risque 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon

La police soudanaise est intervenue mardi à coups de gaz lacrymogènes et de matraques pour disperser la cinquantaine de Soudanaises, qui manifestaient devant le tribunal de Khartoum où une journaliste encourt 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon en public, en violation de la loi islamique en vigueur dans ce pays.

Certaines des manifestantes portaient des pantalons en signe de solidarité avec Lubna Hussein, qui risque la flagellation pour «tenue indécente». Aucun blessé n'était signalé dans l'immédiat, mais des témoins ont dit avoir vu des policiers armés de matraque frapper l'un des avocats de la jeune femme, Manal Awad Khogali, tout en maintenant à l'écart journalistes et caméras.

Pendant que la police dispersait la manifestation devant le tribunal de Khartoum, le juge a suspendu le procès de la jeune femme pour un mois, le temps de demander des éclaircissements au ministère soudanais des Affaires étrangères.

Le procès, qui s'était ouvert mercredi dernier, avait été immédiatement ajourné pour permettre à la jeune femme de démissionner du service médias de la mission des Nations unies au Soudan -un poste qui lui aurait valu l'immunité. Un avocat de la défense Jalal al-Sayed a déclaré devant la presse mardi que le juge voulait savoir si elle bénéficiait encore de l'immunité, ses supérieurs n'ayant pas encore accepté sa démission.

Flagellées devant le poste de police

Lubna Hussein faisait partie d'un groupe de 13 femmes interpellées le 3 juillet dernier lors d'une opération de police dans un célèbre café de la capitale soudanaise. Deux jours plus tard, dix d'entre elles ont été flagellées dans un poste de police et ont écopé d'une amende de 250 livres soudanaises (83 euros).

Mais Lubna Hussein et deux autres femmes ont décidé d'aller jusqu'au procès, entendant en faire une tribune contre l'oppression de la femme par le régime islamique soudanais.

Les pantalons sont considérés comme indécents dans la stricte interprétation de la charia, la loi islamique adopté par le régime de Khartoum depuis le coup d'Etat militaire conduit par le président Omar el-Béchir en 1989. Mme Hussein dit vouloir défier la loi et le code vestimentaire imposé aux femmes et a invité les travailleurs humanitaires, diplomates étrangers ainsi que ses confrères à venir assister au procès.

Devant les journalistes, elle a dit espérer un verdict rapide mais a ajouté qu'elle ignorait si elle pourrait faire appel de la sentence. Les procès pour troubles de l'ordre public sont habituellement rapidement menés et les sentences appliquées pratiquement dans la foulée.

Loi oppressante et humiliante

«Je suis prête quoi qu'il puisse arriver», a dit Lubna Hussein à l'Associated Press, ajoutant que cette manifestation de femmes était la démonstration de ce que «les Soudanaises d'origines sociale ou politique différentes se tiennent à nos côtés».

Devant le tribunal, certaines des manifestantes avaient revêtu un pantalon tandis que d'autres portaient un hidjab, le voile islamique traditionnel recouvrant la tête et les épaules.

«Nous sommes ici pour protester contre cette loi qui opprime les femmes et les avilit», a déclaré Amal Habani, une éditorialiste du quotidien «Ajraa al-Hurria» (``Les Cloches de la Liberté» en arabe, NDLR).

La semaine dernière, l'union syndicale du personnel de l'ONU avait exhorté les autorités à ne pas fouetter Lubna Hussein, jugeant cette sanction cruelle, inhumaine et dégradante.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit «profondément inquiet», soulignant que la flagellation constituait une violation des normes internationales en matière de droits de l'Homme. (ap)

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