02.06.2020 à 22:12

Bâle-CampagneElle veut signaler des abus, on l’incite à se taire

Une pédopsychiatre bâloise a attendu douze jours avant d’informer les autorités qu’une de ses patientes était victime d’agressions de la part de son père. Il s’avère désormais que l’affaire aurait pu être dénoncée bien plus tôt déjà.

Une sombre affaire de pédophilie secoue actuellement le canton de Bâle-Campagne. Le 22 avril dernier, une fille de 8 ans a confié à une médecin du Service de psychiatrie pour enfants et adolescents qu’elle était victime de violences sexuelles de la part de son père depuis des années. Malgré la gravité des accusations, le service de psychiatrie a attendu douze jours avant d’informer l’autorité responsable de la protection des enfants et des adultes. Des poursuites pénales ont été engagées contre la thérapeute et son supérieur hiérarchique pour violation de leurs obligations officielles.

Des recherches de la «Basler Zeitung» montrent désormais que les abus auraient pu être poursuivis bien avant déjà. Une colocataire du père de la fillette explique au journal avoir pris contact avec l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA) Dorneck au printemps 2019. Elle voulait y déposer un avis de détresse, soupçonnant que quelque chose ne jouait pas avec son colocataire. Or, tant la directrice de l’APEA Dorneck qu’une des employés l’auraient poussée à retirer son avis de détresse.

«Je l’entendais crier et pleurer»

Dans une lettre adressée au journal alémanique, la femme explique: «On ne voyait quasiment jamais la fillette quand elle venait rendre visite à son père. Mais j’ai malgré tout remarqué que quelque chose n’allait pas. C’était louche de le voir s’enfermer avec sa fille aux toilettes, parfois jusqu’à 15 minutes. La petite avait 6 ans à l’époque. Elle était donc assez grande pour pouvoir aller toute seule aux toilettes.» Et d’ajouter: «Je l’entendais crier et pleurer.»

Or, au lieu de la prendre au sérieux, l’APEA lui aurait dit que ces accusations pouvaient avoir de graves conséquences pour le père. «On m’a même reproché d’avoir été envoyée par la mère de l’enfant. Mais je ne la connais même pas! Je me suis retrouvée face à deux personnes (ndlr: la directrice et l’employée) qui soutenaient le père. On m’a attaquée alors que je voulais juste venir en aide à une pauvre fille sans défense.»

Pour l’avocat de la mère de la fillette, la situation est limpide: «Il s’agit ici d’une dissimulation de preuve.» Il va déposer une plainte pénale en ce sens encore cette semaine.

(ofu)

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