Santé: Elles disent «non» à la pilule
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SantéElles disent «non» à la pilule

Les Suissesses sont de plus en plus nombreuses à retirer leur confiance à ce type de contraception. Le point avec deux expertes.

par
Muriel Risse
La régularité qu'implique la pilule ne convient pas à toutes les femmes: un seul oubli et l'on risque la grossesse après un rapport sexuel.

La régularité qu'implique la pilule ne convient pas à toutes les femmes: un seul oubli et l'on risque la grossesse après un rapport sexuel.

Trop chère, pas naturelle, trop dangereuse: la pilule ne séduit plus autant qu'avant. Entre 2002 et 2007, les Suissesses sont 6% de moins à avoir choisi ce type de contraception, selon l'OFS. «Les femmes ont plus de choix et se tournent vers d'autres contraceptifs (lire ci-dessous)», note la docto­resse Michal Yaron, responsable des consultations ambulatoires et des ­urgences de gynécologie aux HUG. Elle comprend l'argument des ados qui la trouvent trop chère: «On envoie un message hypocrite: l'avortement est pris en charge par l'assurance, mais pas la contraception.»

Autre problème: la constance exigée par la pilule. Si on l'oublie, on risque de tomber enceinte. «On devrait offrir plus de choix, surtout aux ­jeunes filles, note Dorothea Wunder, médecin-cheffe à l'Unité de médecine de reproduction à la maternité du CHUV. Le stérilet, notamment, n'est pas assez mis en avant.» Selon Michal Yaron, «il faut individualiser la contraception: chaque femme réagit ­différemment. Un suivi et un dialogue constant avec son ­gynécologue sont aussi à adopter.» Quant à la pilule, elle a encore de beaux jours devant elle, soutiennent les spécia­listes. «Elle diminue les risques de cancer de l'ovaire et de l'endomètre, souligne Dorothea Wunder. Même si on constate une infime augmentation des cas de cancer du sein, la pi­lule reste très bénéfique pour la plupart des femmes, si l'on fait la balance de ses qualités et de ses défauts.»

La nouvelle génération effraie

Vendredi, une jeune femme a, pour la première fois en France, porté plainte contre une pilule contraceptive. Marion Larat, lourdement handicapée, accuse une pilule de 3e génération d'avoir provoqué son accident vasculaire cérébral (AVC). Faut-il avoir peur de ces médicaments récents? «Le risque d'AVC est à relati­viser, souligne la doctoresse ­Yaron. On constate 9 cas sur 10 000 avec les pilules de 2e génération, et 11 à 13 cas avec celles de 3e et 4e générations, dont la composition diffère des anciennes.» Néanmoins, elle ne comprend pas les gynéco­logues qui prescrivent ces contraceptifs, plus nombreux outre-Sarine qu'en Suisse romande: «Ils sont plus chers, mais pas plus efficaces!»

Vers l'hormone pour hommes?

«Le contra­ceptif masculin, ce n'est pas pour tout de suite, explique Dorothea Wunder, doctoresse au CHUV. On en parle depuis des années, mais pour l'instant les chercheurs ne sont pas parvenus à mettre au point une pilule convaincante.» En cause, notamment, de nombreux effets secondaires indésirables, comme la tendance à la dépression, l'altération de la libido ou la diminution de la taille des testicules. «Les études se poursuivent, mais selon moi, la pilule masculine ne sera pas sur le marché avant plusieurs années», estime l'experte.

L’abandon: 10,4 %

Tel est, en moyenne, le pour­centage des Françaises âgées de 20 à 24 ans qui ont abandonné la pilule entre 2000 et 2010. Selon l’enquête menée par ­l’institut Fecon Inserm-Ined, seule la moitié d’entre elles se sont tournées vers d’autres méthodes contraceptives.

Quatre alternatives

- Le patch contraceptif se ­colle sur la peau et est efficace durant une semaine.

- L’anneau vaginal diffuse ­progressivement la dose nécessaire d’hormones durant trois semaines.

- L’implant contraceptif est un bâtonnet qui se place dans la partie interne du bras et agit pour une durée de trois ans.

- Peu coûteux, le stérilet est un petit dispositif placé par le gynécologue à l’intérieur de l’utérus. En général, il est efficace durant cinq ans.

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