Suisse: Elles repartent pour l’Ukraine: «Je me sentais inutile ici»

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SuisseElles repartent pour l’Ukraine: «Je me sentais inutile ici»

Des réfugiées ont partagé les raisons qui les poussent à partir ou à considérer un retour dans leur pays.

par
Lauriane Chautems
Au 9 juin, plus de 2,3 millions d’Ukrainiens seraient retournés dans leur pays, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Au 9 juin, plus de 2,3 millions d’Ukrainiens seraient retournés dans leur pays, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

AFP

«Je me sentais inutile en Suisse». Nastya* a retrouvé depuis mi-juin sa maison à cinq kilomètres de Boutcha, localité victime d’un massacre. Cette Ukrainienne était arrivée dans le canton de Vaud au début de la guerre. S’ensuivent trois mois d’envois de CV et de refus pour la psychothérapeute hautement qualifiée qui parle russe et anglais: «On m’a dit que j’étais très bien mais qu’il fallait que je postule à nouveau dans un an quand je saurai le français.» Seule proposition concrète de travail: cueillir des fraises. Nastya ne voulait pas vivre au crochet de la Confédération. Alors après avoir aidé bénévolement ses compatriotes, elle est repartie. Là où elle est «d’accord de gagner moins si c’est pour être utile».

Des départs depuis mi-mai

L’Ukrainienne n’est pas la seule à faire ses valises. Mahesh Lançon, coordinateur du Welcome Center de la gare CFF de Genève (il fermera le 30 juin, mais un accueil sera garanti par la Croix-Rouge dès le 1er juillet), observe depuis mi-mai en moyenne dix départs par jour vers d’autres pays ou vers l’Ukraine sans être sûr «qu’ils soient tous définitifs». Selon lui, bon nombre de personnes qui rentrent ne passent pas par ce lieu de passage «mais organisent leur transfert autrement, car le prix du train est trop élevé pour eux».

Tatiana prévoit de partir fin juillet. «Une dame m’héberge mais sa fille revient, alors je n’ai plus de logement», raconte l’Ukrainienne qui occupe un poste à responsabilités à Kiev. «Mon entreprise parle de licencier si on ne rentre pas.» Dasha se donne jusqu’à son anniversaire en août pour décider de rester à Genève ou de repartir. Si elle s’est bien adaptée ici en prenant des cours de français (qu’elle continuera une fois de retour en Ukraine), elle veut rentrer auprès de son mari «qui lui manque énormément». Ceci «malgré les explosions qui ont repris au centre du pays».

*Prénom d’emprunt

Chiffrer les départs

L’Hospice général à Genève n’a pour le moment pas de données sur les retours: «Il est trop tôt pour savoir si les départs sont définitifs ou temporaires.» En effet, parmi les témoignages recueillis, une majorité de réfugiés ne comptent pas annoncer pour le moment qu’ils quittent le territoire suisse. «Si la situation dégénère à nouveau, il se peut que je revienne», confirme une Ukrainienne. Au niveau national, le Secrétariat d’État aux migrations dénombre 200 dépôts officiels de permis.

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