12.08.2020 à 04:07

GenèveEmbaucher des quinquas ne fait pas peur à l’État

La proportion de 50 ans et plus engagés par le Canton tutoie les 9%. Le chiffre, qui paraît tabou, est ardu à comparer.

de
Jérôme Faas
L’État de Genève a embauché 58 quinquagénaires en 2019.

L’État de Genève a embauché 58 quinquagénaires en 2019.

Getty Images/iStockphoto

L’État aime les quinquas. C’est ce qui ressort des statistiques d’embauches du Canton. Alors qu’en juin, le MCG réclamait, via une motion, qu’il engage «une quantité conséquente» de plus de 50 ans, il fait figure de bon élève: la tranche d’âge a constitué 9,5% du total de ses recrutements en 2017 (62 sur 655 pour le petit État), 9,6% en 2018 (62 sur 649), 8,4% en 2019 (58 sur 693). Ces chiffres doivent être plutôt bons, tant les autres entités interrogées, qui les avaient en main, ont peiné à communiquer les leurs.


Seuls les CFF ont franchement répondu à la question: l’embauche de quinquas y atteint 7% depuis trois ans. Les autres font des détours: Coop affirme que, «depuis 2017, la tendance est orientée chaque année à la hausse» et parle d’«un nombre élevé de personnes embauchées par rapport au faible nombre de candidatures». UBS indique que «ces dernières années, le nombre de quinquagénaires et plus engagés est resté pratiquement stable. Entre 2018 et 2019, il a augmenté de 1,5%.» Credit Suisse dit «recruter régulièrement des employés de plus de 50 ans» et assure «ne pas utiliser de filtres d’âge». Migros n’a pas pu obtenir de statistiques vu la période estivale. Nestlé «n’est pas en mesure» d’en fournir, mais souligne que «les collaborateurs plus âgés apportent beaucoup de connaissances et d’expérience». Novartis n’a pas donné suite à nos sollicitations.


Faute de comparaison, Davide De Filippo, président de la Communauté genevoise d’action syndicale, peut difficilement apprécier les pourcentages étatiques, même si le relatif silence des sociétés sondées lui paraît constituer un indice. «Nous aussi butons sur l’absence de statistiques données par les entreprises. Nous appréhendons donc par d’autres biais l’emploi des quinquas, par exemple via leur surreprésentation parmi les chômeurs de longue durée.» Il avance que, peut-être, le nombre apparemment élevé de plus de 50 ans engagés à l’État s’explique «par le nombre de fonctions hautement qualifiées à pourvoir, et donc le besoin de profils expérimentés. Les tâches demandant moins de métier ont été externalisées.» La Fédération des entreprises romandes, soit les syndicats patronaux genevois, ne se juge, quant à elle, pas légitime pour commenter le sujet, explique son porte-parole Antonin Reymond: «L’embauche des quinquas n’est pas un élément que l’on recense et donc sur lequel nous sommes habilités à nous prononcer.»

«L’âge n’est pas discriminatoire»

Le Canton de Genève dit ne pas mener de politique volontariste en matière d’embauche des plus de 50 ans. En revanche, «l’âge n’est pas un critère discriminatoire, ni dans un sens, ni dans l’autre», détaille Tatiana Oddo Clerc, porte-parole du Département des finances. «De façon générale, l’État est attentif à son rôle social. En matière d’engagement, il veille à privilégier les personnes au chômage.» Elle ajoute que, souvent, les quinquas se tournent vers le Canton justement parce qu’ils savent que l’âge n’y est pas éliminatoire et qu’ils auront plus de chance de s’y faire embaucher qu’ailleurs.

Vaud à la pointe

L’Etat de Vaud soutient de manière proactive l’embauche des plus de 50 ans. Ses chiffres le traduisent nettement: cette catégorie a constitué 13% des engagements en 2017, 11,6% en 2018 et 11,7% en 2019. «Le Conseil d’Etat nous a clairement demandé d’en faire une stratégie, explique Philippe Chaubert, chef du service du personnel. C’est quelque chose que l’on veut favoriser. Cette action est facilitée par le fait que nous n’avons pas de problème de caisse de pension, celle-ci ayant un taux unique quel que soit l’âge.»

Le MCG en veut davantage

François Baertschi, le député MCG auteur de la motion demandant à l’État de Genève un effort en matière d’embauche de 50 ans et plus, expliquait en juin qu’un quota de «5% à 10%» serait «un chiffre crédible». Cela tombe bien, le Canton tombe pile dedans. Mardi, il expliquait que son texte se voulait d’abord volontariste. «Il ne s’agit pas de dire que rien ne se fait, mais qu’un effort particulier est nécessaire. Les quinze années entre 50 et 65 ans représentent 30% de la vie active. Je ne dis pas qu’il faudrait engager 30% de quinquagénaires, mais 15% serait un bon objectif que l’État pourrait se donner.»

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126 commentaires
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Merciki

13.08.2020 à 20:34

L'Etat engage des migrants ou des français. Mon chef est Dal Busco et donc je sais de quoi je parle. Merci de publier, les citoyens doivent savoir.

Ben voyons

13.08.2020 à 07:37

Comme par hasard, avant les votations, un article comme quoi les quinquas Suisses sont choyés...oui, c'est ça

Albert

12.08.2020 à 08:03

engagé des suisse aussi puis des jeunes ça serait top voté le 27 septembre !!!