Afghanistan - Ce cri du désespoir: «Emmenez-nous avec vous»
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AfghanistanCe cri du désespoir: «Emmenez-nous avec vous»

Depuis la prise de pouvoir des talibans le 15 août, des dizaines de milliers de personnes ont assiégé, dans une anarchie totale, l’aéroport de la capitale. Témoignages.

À l’aéroport de Kaboul, la foule se presse.

À l’aéroport de Kaboul, la foule se presse.

AFP/État major des armées

«S’il vous plaît, emmenez-nous avec vous»: pour accéder dimanche à l’aéroport de Kaboul, dans un convoi de bus escortés par les talibans, des Afghans ont dû fendre la foule de leurs compatriotes désespérés de les rejoindre sur un vol vers l’étranger.

Un journaliste faisant partie d’un groupe d’employés de presse et d’universitaires parti d’un hôtel du centre de Kaboul dimanche matin, a raconté à l’AFP avoir croisé un large rassemblement de gens qui semblaient avoir passé la nuit à un carrefour proche de l’aéroport.

«Aussitôt qu’ils ont vu notre convoi, ils se sont levés et ont couru vers nous», a-t-il décrit. «Ils nous montraient leurs passeports et d’autres documents (…) Un homme est venu à ma fenêtre avec sa femme et son enfant, et a agité son passeport en me disant: «J’ai un visa britannique, mais je ne peux pas monter. S’il vous plaît, laissez-nous monter dans le bus»».

Anarchie totale

Depuis la prise de pouvoir des talibans le 15 août, des dizaines de milliers de personnes ont assiégé dans une anarchie totale l’aéroport de la capitale, tentant, souvent en vain, de monter à bord d’un des vols d’évacuation mis en place par les États-Unis et leurs alliés. Les images de gens écrasés dans la mêlée, de jeunes hommes accrochés au fuselage d’un avion américain sur le départ, ou de ce bébé passé à bout de bras au-dessus d’un mur à des soldats américains, ont sidéré le monde.

Une semaine après, des milliers de familles sont toujours massées dans l’espace vide entre les deux rangs de barbelés qui séparent les talibans et les Américains. Ces derniers sont en charge de ce que leur président, Joe Biden, a qualifié d’une des opérations d’évacuation parmi «les plus difficiles de l’histoire».

«Ils nous montraient leurs passeports et criaient: «Emmenez-nous avec vous, s’il vous plaît emmenez-nous avec vous», a ajouté ce journaliste. «Le combattant taliban dans le camion devant nous a dû tirer en l’air pour les disperser.»

«Ils n’ont pas prêté attention à nous»

Les talibans ont été accusés de bloquer, harceler ou même mettre en détention les Afghans qui essaient de s’enfuir. Mais selon ce journaliste, son convoi est passé sans le moindre problème. «Ils n’ont pas prêté attention à nous».

Depuis le 14 août, quelque 17’000 personnes ont été évacuées par les États-Unis, dont 2500 Américains. Des milliers d’autres ont été exfiltrées à bord d’avions militaires étrangers.

«Un jour, vous me remercierez»

Washington prévoit d’évacuer entre 10’000 et 15’000 de ses ressortissants, et de 50’000 à 60’000 Afghans et leurs familles, dont la plupart ont travaillé pour les Américains pendant les 20 ans de guerre. Mais les talibans ont estimé dimanche que le chaos à l’aéroport était de la faute des Américains et que cela devait cesser «le plus tôt possible».

«Tout le monde avait une raison de partir» au sein du convoi de dimanche, a indiqué le journaliste. «Certains étaient journalistes, d’autres étaient des étudiantes en université (…) et puis il y avait ceux qui avaient travaillé pour les étrangers.»

Une jeune fille était en pleurs à l’hôtel, avant le départ pour l’aéroport. «Le jour où les talibans sont arrivés, j’ai su que la vie était finie pour moi en Afghanistan», a-t-elle dit. «Vivre sous leur régime reviendrait à enterrer toutes mes ambitions dans la vie.»

«Mes enfants pleurent»

Avant d’aller poursuivre leur vie en Occident, les personnes évacuées avec ce convoi devaient ensuite rester quelques jours en isolement dans un camp au Qatar, à cause du coronavirus.

«Mes enfants pleurent parce qu’ils sont épuisés, mais je leur dis de s’accrocher encore un peu pour le vol à venir et ensuite nous serons sauvés», a déclaré avant le départ de Kaboul un des passagers, Haji Hamid, qui partait avec son épouse et ses quatre enfants.

«La mort et l’oppression nous suivraient partout si nous restions», a-t-il ajouté. «Je n’arrête pas de leur dire: «Un jour, vous me remercierez».

(AFP)

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