Actualisé 09.07.2020 à 09:02

Horlogerie

Emplois supprimés par centaines et encore beaucoup d’incertitudes

Alors que certaines entreprises ne voient pas le bout du tunnel, d’autres ont toujours du travail. Mais l’avenir de la branche reste conditionné à la reprise mondiale.

Corum fait partie des marques qui ont annoncé des restructurations (image d’archives).

Corum fait partie des marques qui ont annoncé des restructurations (image d’archives).

KEYSTONE

Les suppressions d'emplois se chiffrent à plusieurs centaines dans l'horlogerie suisse depuis la mi-mars. «Il est très difficile de savoir si les licenciements vont se poursuivre ou s'arrêter», selon François Matile, un expert du domaine. Les annonces de restructurations se sont succédé ces dernières semaines chez les marques horlogères comme Greubel Forsey ou Corum, selon le syndicat Unia. Les sous-traitants ont aussi réduit la voilure, comme Gilbert Petit-Jean, actif dans l'assemblage de mouvements mécaniques, aux Brenets (NE) qui a annoncé 30 licenciements, le 10 juin dernier.

«Les situations sont très contrastées d'une entreprise à l'autre. Certaines ont toujours du travail, y compris de toutes petites sociétés, et d'autres n'ont pas vendu une seule pièce depuis deux mois», résume François Matile, secrétaire général de la Convention patronale horlogère.

Doit-on s'attendre à une nouvelle vague d'annonces de suppression d'emplois? «Ce qui va rester déterminant est la demande mondiale car l'horlogerie s'est beaucoup rationalisée depuis quinze ans. Lors de périodes d'incertitudes, l'achat de biens non essentiels est repoussé à des jours meilleurs et certains clients pourraient renoncer à l'achat d'une montre», commente François Matile.

Encore 30'000 personnes au chômage partiel

L'évolution de l'emploi dans l'horlogerie dépendra donc de la reprise. Et les premiers à être touchés lors de crises sont les sous-traitants, surtout s'ils ne travaillent que pour ce secteur. Ceux qui sont aussi actifs dans la galvanoplastie ou le décolletage ont d'autres débouchés même si, actuellement,le secteur automobile est aussi en difficulté.

Les entreprises, qui annoncent des licenciements actuellement avaient déjà des problèmes avant la crise sanitaire, selon François Matile. La branche avait déjà souffert en 2019, avec notamment la situation politique à Hongkong, son premier marché d'exportation.

Lors du semi-confinement, près de 400 entreprises sur les 550 qui sont conventionnées, ont bénéficié de la mesure de réduction de l'horaire de travail (RHT). Au total, 40'000 personnes ont été touchées. «Actuellement, il reste encore environ 30'000 personnes en RHT mais les situations peuvent être différentes. Certaines entreprises sont à l'arrêt complet et d'autres ne le sont qu'en partie. Au sein d'une même entité, il peut y avoir des différences, selon les secteurs ou les ateliers», ajoute François Matile. La branche compte 59'000 emplois, dont 51'000 sont conventionnés.

Vacances maintenues

Même si plusieurs entreprises ont dû fermer lors du semi-confinement, les vacances horlogères, qui auront lieu du 20 juillet au 9 août, ne sont pas remises en question. Au contraire, certaines sociétés vont profiter d'allonger cette période, vu que l'activité reste faible. «Beaucoup d'entreprises continuent de fermer durant l'été car il est impossible de faire tourner la production avec 30% de personnel présent. Certaines bouclent les ateliers mais gardent les bureaux ouverts», a précisé François Matile, secrétaire général de la Convention patronale horlogère.

Autre raison: «Les entreprises horlogères sont également très interdépendantes et il est plus facile de fermer en même temps.» Selon la dernière enquête en date sur le sujet, les sous-traitants horlogers seraient 90% à fermer deux à quatre semaines en été. Les marques sont moins nombreuses à conserver cette pratique.

Cantines à l'arrêt

A la mi-mars, beaucoup d'entreprises horlogères ont choisi d'arrêter la production, en raison des nombreuses incertitudes et contraintes liées à la situation sanitaire. Actuellement, la très grande majorité a pu mettre en place des règles pour reprendre le travail.

Certaines ont imaginé deux blocs de travail pour éviter d'avoir tout le personnel en même temps et pour qu'il n'y ait personne au moment du repas de midi, la plupart des cantines étant encore fermées. Dans les ateliers, des plexiglas ont aussi été installés entre les employés mais ces derniers ne portent en général pas de masque car les distances sanitaires sont respectées.

Problèmes d’approvisionnement

Hormis les incertitudes sanitaires, le confinement mondial a posé des problèmes importants d'approvisionnement et de distribution aux entreprises horlogères. «Le Covid-19 a gelé le transport aérien et 90% des exportations horlogères se font via les avions de ligne», a ajouté François Matile.

«La crise a montré que certains producteurs dépendaient de livraisons de l’étranger, de Chine notamment. Ils se sont alors tournés vers des fournisseurs suisses, mais cela ne concerne qu’une minorité d’entreprises», a précisé l'expert.

Revers positifs du semi-confinement: les entreprises ont eu plus de temps pour investir dans la recherche de nouveaux produits ou de procédés de fabrication. Certaines ont aussi accéléré leur présence dans l'e-commerce.

(ATS)

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20 commentaires
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Montre Suisse

10.07.2020 à 14:32

Toute l’industrie d’exportation trinque: horlogerie, EMS -chemie...La gauche, la droite...

Martine

09.07.2020 à 13:02

Pas tout le monde à 1000 fr. à mettre pour une montre, surtout que l'on sait que les prix sont bien majorés. J'en ai eu de belles et moins belles montres, mais quand je pose une question à Certina pour un futur achat et qu'il n'y a pas de réponse, je pense qu'ils ont encore assez de marge. Surtout quand on voit tous les millions dépensés par les grandes marques de luxe pour des immeubles. Maintenant j'ai une montre connectée, au début j'étais septique, mais maintenant c'est acquis.

DbdbB

09.07.2020 à 12:18

Il faut ouvrir les yeux et réaliser que l'époque des montres "tic-tac" touche à sa fin, mêmes si certaines de ces montres sont en or et serties de pierres précieuses. Il s'est en effet vendu assez de ces articles de longue durée de vie et le Monde en est maintenant saturé. Il n'en achètera plus autant qu'avant. Il faut s'y faire.