Actualisé 04.07.2019 à 08:59

IndonésieEmprisonné, un Vaudois conteste un verdict

Un Polonais résidant près de Lausanne depuis 10 ans a fait recours contre sa condamnation à 5 ans de prison. Il témoigne depuis sa cellule.

de
Frédéric Nejad Toulami
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Dans la province de Papouasie, Jakob a rencontré des locaux.

Dans la province de Papouasie, Jakob a rencontré des locaux.

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Arrêté en août 2018, le ministère public a retenu de nombreuses charges pénales contre le détenu polonais, qui résidait en Suisse depuis environ 10 ans.

Arrêté en août 2018, le ministère public a retenu de nombreuses charges pénales contre le détenu polonais, qui résidait en Suisse depuis environ 10 ans.

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Militante en faveur des Droits de l'homme, son avocate l'a rencontré (ainsi que son ami également arrêté) avant le procès.

Militante en faveur des Droits de l'homme, son avocate l'a rencontré (ainsi que son ami également arrêté) avant le procès.

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«C'est une farce, tout est arbitraire ici.» Condamné en mai dernier à 5 ans de prison, Jakób Skrzypski conteste les charges retenues contre lui. De nationalité polonaise mais résidant dans le canton de Vaud depuis environ 10 ans, il fêtera ses 40 ans dans quelques jours derrière les barreaux d'une cellule en Indonésie. Il a été reconnu coupable, en mai dernier, de trahison par un tribunal, selon l'article 106 du code pénal indonésien. Un crime qui peut être puni jusqu'à la prison à vie. Parmi des actes considérés comme tels: le séparatisme.

Or, Jakób a été arrêté à la fin du mois d'août 2018 dans la province indonésienne de Papouasie, où il a été inculpé pour des contacts présumés avec des rebelles indépendantistes. Il était aussi accusé d'un complot visant à renverser le gouvernement indonésien avec un groupe rebelle, selon l'acte d'accusation.

«Un bouc émissaire pour l'exemple»

Jakób est ainsi le premier touriste étranger à être condamné pour trahison dans ce pays. Sa défenderesse a déjà fait appel auprès de la Haute Cour. «Je suis un bouc émissaire qui doit servir d'exemple dans un dossier politique», s'exclame-t-il. Depuis sa condamnation, il n'a pas encore été transféré en prison. Il nous dit être enfermé dans une cellule de 4 mètres sur 4 au poste de police de la petite ville de Wamena, en Papouasie. «Je voyage régulièrement en Indonésie depuis 2008, j'y ai même une petite fille...» Celle-ci figure d'ailleurs en photo sur le mur de sa cellule, sous un drapeau vaudois.

Pour son avocate, Latifah Anum Siregar, les éléments fournis par l'accusation au début du procès ne sont «pas des preuves adéquates». Si elle constate que seule la charge de trahison a finalement été retenue par le Tribunal de première instance, qui a infligé 5 ans de prison au lieu des 10 réclamés par le Ministère public, elle dénonce aussi la politisation de ce dossier.

Me Siregar espère désormais une décision de la Haute Cour sur son appel dans quelques semaines. Mais elle prévoit déjà que le Ministère public fera recours. Une pétition en sa faveur à signer en ligne a aussi été lancée, en Pologne, mais elle semble pour l'instant avoir récolté moins de 1000 paraphes.

Contactée, la section consulaire de l'ambassade de Pologne à Berne nous a renvoyés vers le Ministère des affaires étrangères, à Varsovie. Mais Jakób ne semble pas espérer grand chose du gouvernement polonais dans son dossier.« Il est trop affairé à négocier des contrats militaires avec le gouvernement indonésien», explique-t-il.

Une île , deux pays

A l'ouest de l'île de Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Guinée occidentale appartient à l'Indonésie. L'autre partie, à l'est, étant constituée de l'État souverain de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les quelque 3 millions de Papous ont une culture très différente du reste de l'archipel. Ainsi, l'Indonésie est ressentie comme une puissance coloniale qui les dépossède de leurs terres ancestrales.

En novembre 2008, des ONG de Papouasie ont créé le Comité National de la Papouasie de l'Ouest (KNPB), pour oeuvrer pacifiquement en faveur d'un droit à l'auto-détermination.

Mais en décembre 2018, un groupuscule indépendantiste alors inconnu, l'Armée de libération nationale de l'ouest de la Papouasie (TPNPB), a revendiqué une attaque qui a coûté la vie à une vingtaine d'ouvriers indonésiens.

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