Actualisé 21.09.2017 à 21:40

Snowboard«En Corée j'aimerais vivre un moment de larmes»

Iouri Podladtchikov s'est confié à «20 minutes» le week-end dernier en marge du Laax Open. Voici le troisième et ultime volet de l'entretien.

de
Oliver Dufour, Laax
Le week-end dernier au Laax Open, Iouri Podladtchikov a passé beaucoup de temps à signer des autographes et faire des photos avec ses jeunes supporters (photo: Laax Open).

Le week-end dernier au Laax Open, Iouri Podladtchikov a passé beaucoup de temps à signer des autographes et faire des photos avec ses jeunes supporters (photo: Laax Open).

Le regard tourné vers l'avenir, le spécialiste zurichois du half-pipe s'est confié sur ses motivations à poursuivre sa carrière de snowboarder, son plaisir à pratiquer son sport et d'autres activités et ses ambitions au cours des années à venir.

Après avoir atteint le sommet avec un titre olympique et une redescente difficile dans la foulée, qu'est-ce qui vous motive à recommencer?

On rêve toujours d'aller aux Jeux. Ce dont je rêve par-dessus tout c'est de tout revivre, mais sans être effrayé. Ça ne sera pas pareil, mais ça devrait être tout aussi excitant, avec des hauts et des bas.

Dans quel état d'esprit vous rendrez-vous à PyeongChang, en Corée du Sud, l'hiver prochain?

A Sotchi, j'ai zappé la dernière figure que j'avais prévue, après avoir passé le YOLO-flip. J'aimerais pouvoir retourner aux Jeux pour finir le travail. Ça me trotte dans la tête depuis ce jour-là. Il n'y a rien d'aussi excitant qu'une finale olympique.

Vous visez le parcours parfait, en quelque sorte…

C'est ça. A Sotchi, si vous vous en souvenez, j'étais tombé dès mon premier run en qualifications. Il n'y a pas de pire situation dans laquelle se trouver. C'est pour ça que je veux nettoyer derrière moi, en quelque sorte. Vivre l'opposé de la tension que j'avais connue en Russie. Une journée superbe, des runs magnifiques… Ainsi que ça devrait être, quoi. Je voudrais aussi vivre un moment de larmes, de vivre ces émotions plus fort encore. Ça ne m'est pas encore arrivé. Ni à Vancouver en 2010 après avoir raté la médaille, ni à Sotchi quatre ans plus tard en la gagnant. Mais ça ne se commande pas, évidemment.

Podladtchikov remporte la demi-finale à Laax

Le snowboarder zurichois, champion olympique de half-pipe, peut frapper fort samedi en finale de l'Open grison.

On vous sent plus épanoui que jamais dans ce que vous faites. C'est le cas?

Certainement. J'ai déjà la chance incroyable de pouvoir faire ce que je veux. Souvent, les enfants peuvent être très motivés de faire du sport tous les week-ends avec des potes. Mais dès qu'ils atteignent 15 ou 16 ans, beaucoup d'entre eux renoncent toutefois à en faire une carrière, parce qu'ils n'ont pas envie d'aller courir tous les jours, de sacrifier tout le reste pour ça. Moi je n'ai pas l'impression de me priver de quelque chose. Je ne vis pas le snowboard comme un travail. C'est quelque chose qui a une durée limitée et j'en profite à fond. Et si je ne faisais pas ça je serais en train de travailler.

Dans la photo, vous qui êtes un passionné de ça?

Peut-être. En admettant que de tirer un immense backside air à cinq mètres au-dessus du half-pipe de Laax ne soit pas ce dont je rêve, je ferais en tout cas mon possible pour accomplir autre chose que je voudrais vraiment faire. Quelque chose de cool. Et c'est vrai que la photo en fait partie. J'adore capturer de magnifiques portraits, de beaux objets… Je suis plutôt personnes, en fait. Les belles femmes…

Actuellement c'est plus un hobby?

J'ai en tout cas besoin de faire quelque chose qui brise la routine sportive. Je n'arrive pas vraiment à me reposer. J'ai besoin d'être actif. Je peux lire un livre, mais ça va vite m'ennuyer. Comme de regarder la TV. Je fais pas mal de skateboard, aussi. Mais je dois faire attention. Il y a des fois où je dois m'empêcher de sauter en bas d'une série de marches d'escalier, car je risque de me faire mal au pied et donc de ne plus pouvoir faire du snowboard, qui est un sport fun mais très destructeur. Et la pause estivale est très longue, donc on a besoin de s'occuper. Il y a Pat Burgener qui joue sa musique. Et Jan Scherrer est par exemple un incroyable cuisinier.

En parlant d'eux… Vous avez 28 ans et la jeune génération des Burgener (22), Scherrer (22), Hablützel (20), justement, pousse derrière vous. Ça vous stimule davantage, vous qui pourriez aller jusqu'à Pékin 2022?

Bien sûr! On est un très bon groupe qui se tire mutuellement vers le haut. En ce qui me concerne, ça ne fait que s'améliorer chaque année. Je ne ressens pas de différence entre mon âge et le leur. Je ne suis pas fatigué, pas vieux… Je n'ai donc pas de raison de m'arrêter en si bon chemin! Tout ce qu'il me faut, c'est davantage de discipline. Je n'en avais aucune quand j'étais gamin. Donc je dois me l'infliger toujours plus. Mais tant que ça grimpe de manière exponentielle, je continuerai.

Quelles seront vos autres ambitions dans les saisons à venir?

Le premier objectif, c'est les X-Games à Aspen (ndlr: vendredi matin à 4h45, heure suisse). J'ai aussi envie de reconquérir le titre mondial (ndlr: remporté en 2013 au Canada), en mars à la Sierra Nevada (Esp). La dernière fois que j'ai participé, à Kreischberg (Aut) l'an dernier, c'était huit semaines après être sorti du bloc opératoire pour ma cheville cassée. Les Mondiaux, c'est ce qu'il y a de plus proche des JO en termes d'attention publique et médiatique. Ça rend la compétition plus nerveuse. Et puis je dois au moins poursuivre jusqu'en 2020, pour pouvoir défendre le titre mondial TTR (ndlr: remporté en 2012 à Oslo), puisque la compétition avait été annulée l'an dernier à Yabuli (Chine).

Il y a donc largement de quoi vous occuper…

Les années se remplissent toujours plus, c'est agréable. Enfin, comme je l'ai dit, je ne vois pas de raisons de ne pas pousser jusqu'aux Jeux de Pékin. J'aimerais d'ailleurs bien profiter après ça de publier un album photo montrant les coulisses d'une décennie de JO à travers les yeux d'un athlète. J'avais un appareil avec moi à chaque fois. Ça m'intéresserait de montrer l'envers du décor – la tristesse de Vancouver, où tout le monde était blême, la joie de Sotchi – plutôt que de rédiger une biographie.

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